Des concepts innovants contre la radicalisation

Les partenaires européens élaborent ensemble des idées pour prévenir la radicalisation et le terrorisme.

dpa/Boris Roessler - Islamism

Le terrorisme, le radicalisme l’extrémisme – lorsqu’on entendait ces mots il y a quelques années, il y allait en général en Allemagne d’associations d’extrême-droite ou d’extrême-gauche. Aujourd’hui, ces termes sont associés à l’islamisme radical.

Les attentats contre le magazine satirique français « Charlie Hebdo » à Paris et contre la synagogue à Copenhague au Danemark début 2015 ont montré l’urgence d’appliquer des concepts porteurs pour prévenir la radicalisation – dans les différents pays européens et par-delà leurs frontières. L’islamisme radical est devenu un phénomène global. Il se développe rapidement, s’adresse à un nombre croissant de jeunes gens et utilise toutes les possibilités du monde virtuel. Dans la seule Allemagne, quelque 6300 personnes font partie du milieu salafiste selon la Direction de la sécurité du territoire – attirées aussi par une propagande adaptée aux jeunes sur Internet qui esthétise la violence, promet la reconnaissance sociale et stylise les combattants en héros. Sur les quelque 600 combattants qui ont quitté l’Allemagne à ce jour pour la Syrie et l’Irak afin de soutenir l’organisation terroriste de « l’État islamique », environ 200 sont aujourd’hui revenus. Les autorités estiment qu’il existe sans doute un nombre élevé de départs qui ne sont pas connus. Au niveau juridique, le gouvernement fédéral a réagi début février 2015 avec une nouvelle loi devant prévenir les attentats d’islamistes radicaux. Quiconque quitte l’Allemagne pour aller dans un camp de formation terroriste est désormais passible de poursuites judiciaires. En outre, des mesures de politique sociale doivent intervenir pour prendre le problème à sa racine – là où le radicalisme trouve un terrain favorable.

Ce que soutiennent les représentants des villes et des communes. « Nous devons impérativement développer des stratégies de détection précoce et de prévention de la radicalisation », dit Tanja Schwarzer, la directrice du Conseil de prévention de la criminalité de la ville de Düsseldorf. La police, les administrations, les écoles, mais aussi les associations socialement actives – toutes apportent au Conseil leurs expériences, leurs idées et leur capacité d’agir contre les actes de violence. Les idées qui y sont échangées contre la criminalité et les actes de violence seront désormais transmises au projet Liaise (Local initiatives against extremism) auquel adhère Düsseldorf depuis le mois d’octobre 2014.

Liaise a été créé par la Forum européen pour la sécurité urbaine (Efus). Des représentants des régions et des experts doivent pouvoir utiliser ce projet comme une plateforme transnationale et échanger ainsi plus aisément au sein de l’Eu-rope. À la fin d’une phase de deux ans, ils veulent rédiger ensemble un guide qui devrait servir aux autorités de mémento pour détecter la radicalisation à un stade précoce et la combattre. Mme Schwarzer explique que les partenaires ont fixé leur grand thème dès leur première rencontre à Paris en 2014. « Le grand objectif des villes participantes, parmi lesquelles on compte Düsseldorf, Bruxelles et Malmö, est, outre les stratégies de détection précoce et de prévention de la radicalisation, de trouver des alternatives à proposer aux jeunes risquant de se radicaliser.

L’urgence de cette approche est évidente. Car, selon la Direction de la sécurité du territoire, nombre des criminels islamistes sont originaires de couches sociales défavorisées où ils font rarement l’expérience de la réussite ou d’une reconnaissance sociale – et où ils ne trouvent pas de soutien dans les situations difficiles.

Le programme fédéral « Demokratie leben ! », lancé en 2015, s’attaque lui aussi à ce problème. Le ministère fédéral de la Famille investit ainsi 40,5 millions d’euros, soit plus que jamais, dans des réseaux régionaux, des centres de conseil, des projets-pilotes et des conférences de spécialistes travaillant dans la prévention de l’extrémisme et la promotion de la démocratie. Il soutient ainsi, entre autres, des offres pour travailler avec les parents des jeunes concernés et des centres d’entraînement pour les jeunes criminels aux motifs politiques ou religieux.

La ville de Düsseldorf pourrait proposer de bons modèles pour certaines des initiatives prévues. Plusieurs concepts innovants y ont déjà été implémentés avec succès. Par exemple le cycle de formation « Les imams, des ambassadeurs de la démocratie ». La centrale de formation politique du Land, la préfecture de police de Düsseldorf et la Fondation germano-musulmane des mosquées ont mis ce projet au point après que certains imams aient proposé de collaborer avec la police de Düsseldorf. Les fonctionnaires de police forment les érudits religieux au rôle d’interlocuteur capable de transmettre les valeurs démocratiques de manière fondée et objective. « Contrairement à la police et bien d’autres organismes, les imams engagés et intéressés sont à l’endroit même où ce type de prévention est possible », dit Carmen Teixeira de la centrale de formation politique de la Rhénanie du Nord-Westphalie. Le travail a déjà porté ses fruits. Néanmoins, poursuit Mme Teixeira, les imams ont encore besoin du soutien de leur communauté comme de celui de  toute la société dans laquelle ils vivent.