Une Union africaine
sur mesure

L’UE a servi de modèle à l’élaboration de son homologue africain. L’UA doit encore franchir quelques obstacles. L’Europe et l’Allemagne lui apportent leur soutien.

picture-alliance/dpa - African Union

Le 9 juillet 2002 est une date entrée dans l’histoire de l’Afrique : celle où 53 États africains ont créé solennellement l’Union africaine (UA). Les réactions internationales ont tout d’abord été réservées, marquées surtout par le scepticisme que l’UA soit en mesure de relever les défis se posant au continent. Le doute était aussi dû au fait que la précédente organisation, l’Organisation de l’unité africaine (OUA) avait été peu capable d’agir et avait plutôt permis, surtout à des dictateurs africains, de se produire au lieu de se consacrer aux problèmes du continent qui, dans certains cas, ont entraîné l’effondrement d’États.

L’acte constitutif de l’UA définit comme objectifs l’intégration socioéconomique du continent, l’établissement de la paix et de la sécurité en tant que condition au développement et à la représentation des intérêts politiques de l’Afrique dans un monde globalisé. La sensation est surtout que l’article 4 du document fondateur reconnaît à l’UA le droit d’intervenir, même militairement, dans des circonstances graves telles que les crimes de guerre, le génocide et les crimes contre l’humanité – même sans l‘accord du pays concerné. Pour prendre des décisions à ce sujet, il suffit d’une majorité de deux tiers de l’assemblée des chefs d’État et de gouvernement. Au regard du droit international, c’est exceptionnel et en 2004 il a été convenu qu’une intervention pourrait être par principe possible également dans le cas d’un renversement illicite d’un gouvernement.

Ce n’est pas un hasard si l’appellation 
« Union africaine » ressemble à celle de son homologue européen, l’Union européenne (UE). L’UE a parrainé l’UA – à bien des égards. L’alliance européenne a en effet été un exemple pour la reprise de l’intégration de l’Afrique. De nombreuses institutions de l’UA, telles que la Commission de l’UA, le Parlement panafricain ou la Cour de justice africaine ont été conçues en s’inspirant des institutions de l’UE. Il y a toutefois des différences. D’une part, les institutions africaines ne sont qu’en partie supranationales : contrairement aux institutions de l’UE, des domaines complets de la politique ne sont pas gérés de manière autonome. D’autre part, l’intégration économique, qui est au centre de l’intégration de l’UE, est peu développée en Afrique.

La perception de l’UA par l’UE et le gouvernement fédéral allemand a été de plus en plus positive – aussi parce que le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’UA a décidé d’intervenir militairement dans certaines guerres civiles. Actuellement, des forces de maintien de la paix de l’UA, avec un total de 22 000 soldats, sont en mission par exemple en République centrafricaine, en Somalie, à la frontière entre l’Ouganda et le Soudan du sud et au Soudan. Les missions de maintien de la paix de l’UA ont été approuvées expressément par la communauté internationale et l’UE car elles correspondent au principe de l’UE de privilégier les solutions africaines aux conflits africains. Les expériences faites jusqu’à maintenant avec les missions de maintien de la paix de l’UA ont toutefois révélé quelques faiblesses, par exemple en ce qui concerne la direction politique et militaire et la logistique.

L’UE et l’Allemagne considèrent l’UA comme un interlocuteur essentiel en Afrique afin de promouvoir en commun la sécurité et le développement sur le continent et de juguler les dangers dus a des États fragilisés. C’est pourquoi l’UE et ses États membres soutiennent l’UA dans le domaine de la diplomatie, des finances et de la logistique. Depuis 2005, l’UE a débloqué jusqu’à 1 milliard d’euros pour des missions de maintien de la paix en Afrique dans le cadre de l’African Peace Facility (APF). Le second pilier de l’engagement de l’UE consiste en un programme d’aide directe aux structures de l’UA, d’un volume de 55 millions d’euros pour quatre ans. Dans le cadre de sa contribution au budget de l’UE, la participation de l’Allemagne à tous ces programme représente environ 25 pour cent.

L’Allemagne apporte un soutien renforcé à l’UA dans deux domaines. D’une part, la République fédérale tend à approfondir l’intégration de l’économie régionale et de la politique au sein de l’Afrique. D’autre part, elle soutient le développement des capacités à gérer les conflits par l’UA. Les programmes de large envergure de la Société allemande de coopération internationale (GIZ) sont d’une grande importance. La GIZ, pour les années de 2009 à 2015, a mis en place différents programmes pour la promotion de l’Union africaine financés par le ministère de la Coopération économique et du développement. L’un d’entre eux, par exemple, est consacré au développement de l’Architecture africaine de paix et de sécurité (AAPS). Le programme apporte une large contribution à l’établissement d’un système d’alarme continental et d’une banque de données sur les conflits. Les autres projets de la GIZ depuis 2006 sont par exemple le programme de plusieurs années pour l’aide au Parlement panafricain, aux capacités de gestion de la Commission de l’UA et à l’amélioration de la gestion des frontières. À cela s’ajoutent des mesures de coopération au développement classique dans le domaine de la promotion de l’agriculture et de la gestion de l’eau.

En règle générale, le programme de développement de l’UA, le New Partnership for Africa’s Development (NEPAD), est le partenaire de coopération. Depuis 2006, l’Allemagne a consacré un total de 172 millions d’euros au soutien des divers programmes et institutions de l’UA.

Une part importante est affectée à l’architecture de la paix et de la sécurité – aussi au sens propre puisque l’aide allemande a servi à la construction d’un bâtiment impressionnant pour le département Paix et sécurité de l’UA. En octobre 2016, au bout de quatre ans, la chancelière Angela Merkel l'a remis officiellement à l'Union africaine. Le bâtiment a été construit à la demande du ministère fédéral des Affaires étrangères, selon les standards internationaux pour la construction écologique, afin de pouvoir résister aux tremblements de terre. Quelque 360 collaborateurs du département Paix et sécurité de l'UA qui étaient auparavant répartis dans différents lieux de la ville ou sur le site de l'UA peuvent maintenant travailler dans un bâtiment commun. Les 13 500 mètres carrés accueillent des bureaux et des salles de conférence, une bibliothèque, des centres  de repérage précoce de crises et de programmation pour le maintien de la paix  ainsi que la salle d'assemblée du Conseil de paix et de sécurité de l'UA. La construction, avec des matériaux locaux, a été effectuée essentiellement par des entreprises éthiopiennes. Ce n'est que pour les caractéristiques technologiques, comme le toit ultra-léger réalisé avec un film spécial, que  l'on a utilisé des matériaux et fait appel à des spécialistes d'Allemagne.Des entreprises spécialisées éthiopiennes et leur personnel en ont également tiré un profit : les spécialistes de l'étranger ont formé leurs collègues éthiopiens à travailler avec le matériau et leur ont transmis leur savoir-faire. La capacité d’agir de l’Union africaine est également en plein développement. Avec l’aide de l’UE, cela pourrait donner naissance dans quelques années à une réalisation impressionnante. ▪

SIEGMAR SCHMIDT est professeur de 
politique internationale/analyse de systèmes politiques à l’université de Coblence-Landau.