La stabilité au lieu de l’éclatement

Le politologue Jürgen Falter parle de la campagne électorale pour le Bundestag, du système allemand de partis et de l’atmosphère dans les régions

Affiches électorales 2017
Affiches électorales 2017 dpa

Monsieur le professeur Falter, des médias américains et britanniques ont décrit récemment la campagne électorale allemande comme particulièrement peu passionnée. Est-ce typiquement allemand ?

Non, nous avons déjà eu des campagnes électorales qui étaient beaucoup plus vivantes. L’intensité des discussions dépend aussi des candidats et de leur tempérament. Le chancelier Helmut Schmidt et son challenger Franz Josef Strauss étaient par exemple beaucoup plus fougueux que ne le sont Angela Merkel et Martin Schulz. A cela s’ajoute qu’il ne faut pas s’attendre à un coude à coude dramatique entre les partis des deux principaux candidats. De plus, il n’y a pas en Allemagne de fracture sociale comparable à celle actuellement par exemple aux Etats-Unis. Les Allemands sont aussi relativement satisfaits de la situation économique et sont, en comparaison, assez bien protégés par le système d’économie sociale de marché. Cela – naturellement en plus de l’horrible expérience du régime nazi - empêche sans cesse le succès de campagnes et de partis populistes.    

Jürgen Falter : « Différences entre les Allemands du sud et les Allemands du nord »
Jürgen Falter : « Différences entre les Allemands du sud et ceux du nord » dpa

Quelles différences régionales marquent le comportement des électeurs en Allemagne ?

Les différences entre les Allemands du sud et ceux du nord, essentiellement, demeurent. Les Allemands du sud sont, en moyenne, davantage satisfaits de leur vie et de leurs situation sociale et élisent plutôt des partis conservateurs. Par contre, les différences entre les Allemands de l’ouest et ceux de l’est ont nettement diminué. Surtout parce que les jeunes Allemands dans l’est qui ont grandi dans l’Allemagne réunifiée ne sont plus marqués par la RDA.

En Allemagne, il n’y a pas de grande fracture sociale pouvant mener à un éclatement du paysage politique. 

Politikwissenschaftler Jürgen Falter

Quelles sont les particularités du système allemand de partis ?

Le système allemand de partis, en comparaison avec d’autres pays, demeure étonnamment compact, malgré toutes les différenciations des dernières années. A plus forte raison pour un pays ayant un système d’élection où les partis obtiennent des sièges au Bundestag proportionnellement au nombre de voix reçues. Il n’y a pas non plus en Allemagne de grande fracture sociale pouvant mener à un éclatement du paysage politique. Le seuil des cinq pour cent que les partis doivent franchir pour entrer au Bundestag joue aussi un grand rôle.

Vous êtes considéré être l’un des plus réputés experts électoraux et chercheurs en matière de partis politiques. Comment faites-vous vos estimations ?

D’une part, naturellement, par la recherche et l’analyse intensives. Je profite des mes décennies d’activité scientifique consacrée aux élections et aux partis et de mes nombreuses publications et conférences. Mon travail m’a permis de connaître la plupart des principaux hommes et femmes politiques du pays. J’ai pu ainsi avoir des impressions authentiques de la pratique politique, sans être moi-même homme politique. Pour suivre en détail les évolutions actuelles, je lis en diagonale la presse allemande. Et je recherche toujours le dialogue avec les citoyens et les citoyennes afin de mieux pouvoir estimer l’opinion publique du pays.      

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