Nouvelle énergie pour l’Ouganda et le Rwanda

En Afrique orientale, une bonne alimentation en eau et en électricité ne va pas de soi. L’Allemagne s’investit pour changer la donne.

dpa - Bujagali Wasserkraftwerk, Ugandas Nilkraftwerk

Gregory Tayi est fier de ce qu’il a réalisé. Il est le premier chef d’une entreprise privée qui a construit au Rwanda une petite installation de force motrice hydraulique. Depuis, la petite ville de Murunda s’est épanouie : les foyers, un hôpital, une école et nombre de micro-entreprises équipées d’appareils électriques sont raccordés au réseau stable mis en place par Repro, sa société. Maintenant, tout déborde d’activité. Un bar est même encore ouvert tard le soir car les réverbères éclairent la place.

En 2010, Tayi a répondu à un appel d’offres lancé par le ministère rwandais de l’Infrastructure et Energising Development (EnDev), un programme dont la réalisation a été confiée à la Société allemande de coopération internationale (GIZ) par le ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement (BMZ) ainsi que par d’autres donateurs. Par cet appel d’offres, les partenaires intéressés entendaient inciter l’économie privée à contribuer à la mise en place de l’électrification en zone rurale.  Car seuls 18 % des Rwandais ont accès à l’électricité ; en zone rurale, ce pourcentage est même inférieur à 2 %. L’infrastructure électrique a été largement détruite pendant le génocide de 1994. Ce qui fait qu’au Rwanda, un grand nombre de secteurs économiques ne peuvent pas exploiter leur potentiel de croissance. Les foyers non raccordés au réseau utilisent des sources lumineuses malsaines et coûteuses comme les lampes à kérosène et à piles.

Avec la force hydraulique

En son temps, Gregory Tayi s’est demandé pourquoi ne pas utiliser la force hydraulique des nombreuses petites rivières qui arrosent le Rwanda. Il a élaboré un plan et sa société s’est vu adjuger le contrat de construction et d’exploitation d’une première installation. La GIZ a accordé à la société son soutien technique et financier. Mais elle a exigé de l’entreprise qu’elle assume elle-même la responsabilité du projet de A à Z et qu’elle contribue aux investissements. Épaulé par le programme, Tayi a pu obtenir un crédit bancaire. Il a embauché 300 ouvriers du bâtiment. Quatre ans plus tard, il emploie encore toujours 4 ouvriers permanents et jusqu’à 8 travailleurs temporaires. Actuellement, Murunda fait des profits et Tayi lance de nouveaux projets pour son pays. « À mes yeux, apporter une contribution pour améliorer la vie des habitants est plus important que le profit. À quoi cela me sert-il d’être riche quand tous les gens autour de moi sont pauvres ? », dit l’entrepreneur à la fibre sociale.

Accès à la lumière et à l’électricité pour 700 000 personnes au Rwanda

À l’horizon 2019, le programme EnDev, qui opère dans 25 pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, désire permettre, au seul Rwanda, à près de 700 000 personnes d’avoir accès à la lumière et à l’électricité à l’aide de la force hydraulique, des lampes solaires, du biogaz et de réseaux autonomes. Pour assurer la gestion durable de ces mesures, ledit programme collabore avec des PME. « Le gouvernement rwandais a, pour la première fois, mis en place des structures durables d’économie de marché en approvisionnement énergétique », dit avec satisfaction Michael Köberlein, expert en énergie de la GIZ. « Des appels d’offres pour un peu plus de 2 millions d’euros ont permis de stimuler efficacement les participants et d’inciter une bonne vingtaine d’entreprises à investir dans ce secteur. C’est grâce à cela que nous avons un système d’alimentation qui fonctionne dans les zones rurales du Rwanda », a ajouté Köberlein.

Un fleuve, un peuple, une vision

Dans le pays voisin, en Ouganda, en dépit des grands progrès réalisés, 30 % de la population, essentiellement dans les quartiers urbains pauvres, n’ont pas encore accès à l’eau propre et ne disposent pas encore d’installations sanitaires. En zone rurale, parfois seuls 6 % des foyers sont raccordés au réseau. Et ce bien que l’Ouganda soit, avec ses lacs et ses rivières, le pays d’Afrique orientale le mieux arrosé. L’eau douce et la force hydraulique du lac Victoria et du Nil Blanc se prêtent à la production d’électricité. Étant donné que la demande d’eau et d’électricité destinées aux populations et aux économies croissantes continue à augmenter dans toute la région, la collaboration transfrontalière dans le bassin hydrologique du Nil pourrait générer de nouvelles formes de coopération.

Lancée en 1999 par les pays limitrophes du Nil et sise en Ouganda, l’Initiative du Bassin du Nil (IBN) apporte une contribution au dialogue pacifique. Conjointement avec d’autres donateurs, l’Allemagne est un partenaire de longue date de l’Initiative et de ses États membres qui sont, outre l’Ouganda, l’Égypte, l’Éthiopie, le Burundi, la République démocratique du Congo, le Kenya, le Rwanda, le Soudan du Sud, le Soudan et la Tanzanie. Ils s’entendent sur la manière dont les ressources hydriques du fleuve sont exploitées en commun et à long terme et dont elles peuvent être gérées au bénéfice de tous. Cette étroite collaboration entend créer une base de confiance mutuelle. Comment juguler la pollution de l’eau ? À quel point l’accès à l’eau prépare-t-il l’homme à faire face aux conséquences du changement climatique ? Comment peut-on compenser les conflits liés aux volumes d’eau par des réseaux électriques régionaux ?

Gestion consciente de l’eau

De nombreux experts de l’eau sont en quête de réponses et s’attachent ensemble à trouver des solutions régionales. « En février 2017, l’Initiative du Bassin du Nil aura 18 ans. Aujourd’hui, c’est une organisation bien établie et efficace. Les pays limitrophes ont pris beaucoup plus largement conscience de la valeur du Nil qui doit toutefois être partagé », observe Sarah Bebb, l’une des conseillères envoyées par la GIZ au Secrétariat de l’IBN. Depuis 2002, la GIZ est chargée par le BMZ de soutenir la coopération hydrique transfrontalière dans le Bassin du Nil, à l’échelle tant nationale qu’internationale, et de renforcer les compétences techniques des décisionnaires politiques et des administrations nationales. « L’IBN forme en permanence des experts de tout ce qui touche à l’eau et transmet à nos pays des informations sur les potentiels de développement existants, et ce au bénéfice de nos populations », a  déclaré le ministre ougandais de l’Eau et de l’Environnement, Sam Cheptoris, en soulignant l’efficacité de cette collaboration, dans le cadre de la dernière session du Conseil des ministres, à l’été 2016. Plus de 99 % de la superficie totale de l’Ouganda étant situés dans le Bassin du Nil, ce fleuve influe sur la vie de ses 35 millions d’habitants. En 2017, la sécheresse en Afrique orientale devrait empirer. Une gestion durable des ressources hydriques, de la source à l’embouchure, reste également à l’avenir une priorité absolue.