La forêt peut-elle sauver le climat ?

Dans la discussion sur le climat, la forêt est de plus en plus présente comme piège à CO2. Quel est son potentiel ? Un chercheur allemand le sait.

Une forêt allemande en automne
Une forêt allemande en automne dpa

M. Lindner, une étude de l’ETH à Zurich a récemment fait sensation car elle affirme qu’une reforestation rapide permettrait à elle seule d’atteindre les objectifs pour le climat. Est-ce réaliste?
Non, ce n‘est pas réaliste. Même si la reforestation pouvait être réalisée dans l’ampleur indiquée, cela durerait trop longtemps. Nous devons réduire les émissions le plus rapidement possible, on ne pourra pas sinon atteindre les objectifs de protection du climat convenus dans l’Accord de Paris. La reforestation et d’autres stratégies de protection du climat dans l’exploitation de la forêt peuvent y contribuer mais uniquement combinées à d’autres stratégies de protection du climat.  Il faut surtout préserver les forêts existantes, les adapter au changement climatique en cours et les rendre plus résistantes envers des perturbations biotiques et abiotiques comme le bostryche ou les incendies.

Marcus Lindner, Principal Scientist à l’Institut européen des forêts (EFI) à Bonn
Marcus Lindner, Principal Scientist à l’Institut européen des forêts (EFI) à Bonn
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220 millions d’arbres auraient été récemment plantés en Inde en un seul jour, et même 350 millions en Ethiopie. Une action comparable serait-elle envisageable en Allemagne ?
Nos forêts se sont beaucoup étendues au cours des 150 dernières années et ne sauraient être comparées écologiquement avec les paysages découverts qui ont été plantés de résineux sur de grandes superficies après la Seconde Guerre mondiale. Une nouvelle augmentation du pourcentage de forêts n’est pas souhaitée dans nombre de Länder et, là où le pourcentage de forêts est inférieur à la moyenne, le sol est exploité différemment de manière intensive. Actuellement, il n’y va pas en Allemagne de planter des arbres pour étendre les forêts mais de reboiser les superficies qui ont subi des dégâts. En nombre d’endroits, on n’a pas besoin de planter pour cela car la prochaine génération d’arbres est en train de pousser à l’ombre des arbres plus anciens. Nous devons planter lorsque ce n’est pas le cas. Ici aussi, il y va de plusieurs millions de jeunes plants, mais pas de centaines de millions par jour. L’important, c’est de choisir les bonnes essences, de pouvoir les produire en quantité suffisante et de les planter de manière appropriée.

Les pays d’importation ont une part de responsabilité dans la perte des forêts tropicales

Marcus Lindner, Principal Scientist à l’Institut européen des forêts (EFI)

Le Brésil montre une autre réalité. De quoi avons-nous besoin pour répondre à l’international aux besoins de la forêt comme piège à CO2 ?
Comme d’autres pays d’importation, l’Allemagne a une part de responsabilité dans la perte des forêts tropicales au Brésil ou dans le bassin du Congo en Afrique où des forêts tropicales  intactes sont détruites pour faire place à des surfaces consacrées à l’agriculture ou à la pâture. La première priorité devrait être dans tous les cas d’éviter les pertes de forêt, par exemple avec une politique des consommateurs stricte et le bannissement des produits favorisant la déforestation comme le soja ou l’huile de palme. Le deuxième accent devrait être mis sur la limitation, voire même sur l’évitement de la perte de forêt par des perturbations. On peut faire ici beaucoup plus de prévention, ce qui est largement plus économique et plus efficace que d’endiguer les dégâts des incendies ou des invasions d’insectes. Il nous faut en outre regarder l‘ensemble du système et pas seulement les forêts. Construire avec du bois offre un beau potentiel car ce matériau piège le CO2 et évite les émissions de CO2 en remplaçant l’acier ou le béton.

Interview: Martin Orth

* Marcus Lindner est Principal Scientist à l’Institut européen des forêts (EFI) à Bonn. Le siège de l’EFI se trouve à Joensuu, en Finlande. Cette organisation internationale se conçoit comme un groupe de réflexion sur la sylviculture et travaille au carrefour de la science, de la politique et de la pratique.   

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