Aller au contenu principal

La Bulgarie paie désormais en euros

Depuis le 1er janvier 2026, la Bulgarie paie en euros. Entre optimisme prudent et crainte d’une hausse des prix, une nouvelle phase commence pour ce pays membre de l’UE. 

Ralf Isermann Ralf Isermann , 22.01.2026
Quatre jeunes gens en tenue hivernale tiennent chacun devant la caméra un billet de 50 euros.
Touristes italiens en Bulgarie avec des billets en euros. © picture alliance / NurPhoto | Denislav Stoychev

Lorsque, dans la nuit du Nouvel An 2026, les premiers Bulgares retirèrent des billets en euros aux distributeurs automatiques, il est rapidement apparu à quel point l’euro était accueilli différemment dans le pays. « Fantastique, ça marche », s’est réjoui Dimitar, 43 ans, après avoir retiré 100 euros. Un peu plus sceptique, Vlad, retraité, a déclaré : « Toute l’Europe s’en sort avec l’euro, nous y arriverons aussi. » De son côté, Turgut Ismail, pâtissier, a exprimé une crainte qui anime actuellement de nombreux Bulgares : le passage du lev – la monnaie nationale – à l’euro pourrait entraîner une hausse des prix, comme l’a rapporté Euronews.

Depuis le 1er janvier 2026, la Bulgarie fait partie de la zone euro. Pour le pays le plus faible économiquement de l’Union européenne, l’introduction de la monnaie unique est une étape importante sur le plan économique et politique.  La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a évoqué une « étape importante ». 

La crainte d’une hausse des prix

En Bulgarie, l’introduction de l’euro a longtemps fait l’objet de vives discussions. Dans un sondage mené l’année dernière par la Commission européenne, près de la moitié des 6,4 millions de Bulgares s’était prononcée contre l’euro, notamment dans les régions rurales et à faibles revenus. Selon l’estimation de la Banque centrale européenne, cette hausse des prix devrait toutefois rester limitée. Comme l’a communiqué le magazine ZEIT, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE) Christine Lagarde, au cours d’une visite à Sofia à la fin de l’automne 2025, avait fait référence à l’expérience d’autres pays : elle avait indiqué que les prix y avaient, certes, légèrement augmenté, mais que l’effet s’était avéré modéré et temporaire, et que la poussée inflationniste supplémentaire s’était située entre 0,2 et 0,4 point de pourcentage. Lagarde avait ajouté que le lev était par ailleurs déjà solidement indexé sur l’euro depuis des années, permettant ainsi une conversion sans effets majeurs sur les taux de change.

De nombreuses opportunités grâce à l’euro

Au contraire, l’euro apporterait selon Lagarde de nombreux avantages, tels que des échanges commerciaux plus fluides, des coûts de financement plus faibles et des prix plus stables. Rien que la suppression des frais de change entre le lev et l’euro devrait permettre aux petites et moyennes entreprises d’économiser environ 500 millions d’euros. Le secteur du tourisme, qui génère environ huit pour cent du produit intérieur brut total de la Bulgarie, espère que ses destinations deviendront plus attractives.

Pour les vacanciers, séjourner sur les plages de la mer Noire devient plus facile : comme dans de nombreuses autres destinations européennes, il est désormais possible d’y payer en euros.

Défis politiques et économiques 

Ce sont de bonnes perspectives pour ce pays qui traverse une période difficile. Le gouvernement est en pleine crise. En décembre 2025, après des manifestations massives contre la corruption et l’inefficacité de la justice, la coalition pro-occidentale – réunissant conservateurs, socialistes et populistes – a été renversée. Le 19 janvier, le président Rumen Radew a annoncé sa démission dans le but de se présenter aux élections législatives anticipées ; les prochaines élections sont prévues pour le printemps 2026, ce seront les huitièmes en cinq ans.

La Bulgarie est aussi sous pression sur le plan économique. Son produit intérieur brut est le plus faible de l’UE. En 2024, les Bulgares ont généré 11 300 euros par habitant.

Symbole d’une Europe forte

La poursuite de l’élargissement de la zone monétaire contribue également au rayonnement mondial de l’euro en tant que monnaie de réserve. Environ 350 millions de personnes règlent actuellement leurs achats en euros. Dans une Europe caractérisée par une grande hétérogénéité linguistique et culturelle, un euro fort est devenu symbole d’unité. Le rapprochement de la Bulgarie avec l’Europe est également considéré comme un signal adressé aux forces prorusses dans le pays. Au cours d’une visite en octobre 2025, le ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul avait qualifié la Bulgarie et la Roumanie de « partenaires essentiels pour la sécurité et la stabilité de l’Europe » au regard des agressions russes.

En juin, les députés du Bundestag allemand avaient voté à une large majorité en faveur de l’adhésion de la Bulgarie à la zone euro. Le député SPD Johannes Schraps avait souligné que l’euro n’était pas seulement un moyen de paiement, mais aussi l’expression d’une interdépendance économique étroite et d’une volonté commune de façonner la politique en Europe.

Volonté politique d’approfondir l’Union 

Lors du sommet européen de fin juin 2025, les chefs d’État et de gouvernement de l’UE ont soutenu la proposition de la Commission européenne d’autoriser l’introduction de l’euro en Bulgarie, le 1er janvier 2026. On peut y voir un signe : en dépit des réserves nationales et des courants populistes régnant dans plusieurs États membres, la volonté politique d’approfondir l’Union demeure – même si la situation actuelle ne semble pas propice à l’élargissement. Les projets de la Roumanie concernant l’introduction de l’euro ne comportent pas encore de dates concrètes. Les États membres de l’UE Tchéquie, Pologne et Hongrie ont pour l’instant mis leurs ambitions en veilleuse. Au Danemark et en Suède, la population reste opposée à l’euro. En 2003, les Suédois avaient majoritairement voté contre l’introduction de l’euro, tout comme les Danois en 2000.