Un couple particulier

Ce qui relie la France et l‘Allemagne – et pourquoi les partenaires ne comprennent parfois absolument pas ce qui se passe dans le pays voisin.

Fahnen von Deutschland und Frankreich
dpa

Même la plus belle amitié a besoin de nouvelles impulsions. 55 ans après la signature du Traité de l’Élysée, la France et l’Allemagne veulent renouveler cette déclaration de réconciliation et d’amitié. C’est l’occasion de s’entretenir avec Miriam Hartlapp qui dirige le domaine de travail La France et l’Allemagne comparées à l’Université libre de Berlin.

Mme Hartlapp, diriez-vous que les relations entre la France et l’Allemagne sont aujourd’hui meilleures que jamais

C’est difficile à juger. Dans tous les cas, il y a en ce moment des deux côtés un fort intérêt pour le gouvernement et la politique de l’autre pays. Cela est dû d’une part au fait que l’attention se porte plus fortement sur le tandem France-Allemagne dans l’UE depuis le Brexit. Et cela a beaucoup à voir au fait que les deux pays sont confrontés à des défis similaires.

Miriam Hartlapp dirige le domaine de travail La France et l’Allemagne comparées à l’Université libre de Berlin.
Miriam Hartlapp dirige le domaine de travail La France et l’Allemagne comparées à l’Université libre de Berlin.
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Lesquels ?

Ce sont les défis que rencontrent les démocraties modernes, comme la montée du populisme de droite et la critique disant que la politique est trop éloignée des citoyens. On perçoit de plus en plus ces défis dans les deux pays et, naturellement, les responsables politiques respectifs regardent volontiers les réponses qu’y donne l’autre pays.

Ce traité de réconciliation n’est pas un jour épuisé. 

Miriam Hartlapp fait des recherches sur la France et l’Allemagne

Il y a néanmoins des différences, dans le système politique par exemple. Pour les Allemands, il est inhabituel que quelqu’un n’appartenant pas à un parti classique puisse devenir chef de gouvernement comme Emmanuel Macron.

Le système des partis en France est effectivement très différent du système allemand, il est beaucoup plus fluide. On y crée de nouveaux partis, parfois autour d’une seule personne. Les systèmes électoraux se distinguent également beaucoup. Le vote à la majorité en France a récemment fait que le Front National n’a que huit députés à l’Assemblée nationale malgré près de 34 % des voix au second tour des élections présidentielles, En Allemagne, l’AfD a obtenu 12,6 % aux élections au Bundestag et a 94 sièges au Parlement.

Que pense-t-on en France des longues négociations pour former une coalition en Allemagne ?

Ces dernières semaines, j’ai eu beaucoup de peine à expliquer à mes confrères français ce qu’il se passe actuellement en Allemagne. Vous ne connaissez pas cela avec votre système politique. Et il y a d’autres différences : la représentation des intérêts dans le domaine de la politique sociale fonctionne très différemment. Il y a différentes manières de faire de la politique avec les syndicats et les organisations patronales. En France, cela est beaucoup plus conflictuel, il existe sensiblement plus de syndicats ayant des positions différentes.

Début 2018, la France et l’Allemagne ont décidé d’adopter une sorte de nouveau Traité de l’Élysée. Qu’est-ce que cela signifie ?

Le Traité de l’Élysée a une grande importance historique. Chaque signe de volonté de le renouveler et de le renforcer montre que ce traité de réconciliation n’est pas un jour épuisé. Il est une composante de notre vie politique et sociétale.

L’idée était la suivante : ‚ Si nous voulons sérieusement la réconciliation, nous devons intégrer les générations à venir. ‘

Miriam Hartlapp fait des recherches sur la France et l’Allemagne

Quels seront les points forts de ce nouveau traité

La proposition a été largement portée par les Parlements – on veut donc également créer des échanges plus intenses au niveau parlementaire. La deuxième grande partie est l’élaboration de positions communes dans la politique de défense, européenne et étrangère. La France, notamment, y accorde une très fort importance – cela est plus compliqué pour l’Allemagne en raison de l’Histoire et d’une autre position de la population envers les missions militaires. La troisième partie est constituée par les questions d’éducation et de la jeunesse, par exemple sur le travail de l’Office franco-allemand pour la jeunesse. La coopération économique doit également être renforcée dans les régions frontalières : on veut réfléchir à des projets d’infrastructure communs et coopérer concrètement dans l’éducation et la santé. Il y va aussi de l’espace économique franco-allemand, c’est-à-dire du marché intérieur européen en modèle réduit. Cet espace doit s’approfondir, le droit fiscal, le droit des sociétés et celui de l’insolvabilité doivent être harmonisés

A quels défis les partenaires sont-ils confrontés dans leur coopération future ?

Ils doivent faire durablement comprendre que le projet européen ne s’adresse pas seulement à des élites économiques et sociales. Lors des dernières élections, les deux gouvernements ont compris que cela représente un problème fondamental et qu’ils doivent faire une politique pour tous. Je suis curieuse de voir comment ils vont s’y atteler.

Avez-vous l’impression que les liens politiques entre les deux pays sont également vivants dans la société civile ?

Le Traité de l’Élysée est d’une conception stratégique judicieuse. L’idée des partenaires était la suivante : ‚ Si nous voulons sérieusement la réconciliation, nous devons intégrer les générations qui porteront demain cette coopération politique et économique. Nous devons leur permettre d’apprendre la langue de l’autre et de comprendre comment on vit et on pense dans l’autre pays ‘. L’impulsion est bien là – dans le Traité de l’Élysée plus que dans d‘autres traités internationaux – et on souhaite la renforcer.

Interview: Helen Sibum

Domaine de travail La France et l’Allemagne comparées, à la FU de Berlin

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