Une vie au pas de course
À 16 ans, Amanal Petros est arrivé seul en Allemagne. Aujourd’hui, il est champion d’Europe, détenteur du record allemand du marathon – et soldat sportif. Comment a-t-il réussi ?
C’est à 2400 mètres d’altitude, dans les hauteurs du Kenya, qu’Amanal Petros s’entraîne régulièrement pour ses compétitions. Là-bas, il court de nombreux kilomètres en altitude chaque jour. S’entraîner, se reposer, dormir – voici à quoi ressemble son quotidien une grande partie de l’année, quand il ne décroche pas des médailles. Et ça lui est arrivé très souvent ces dernières années : en 2026, l’athlète allemand est devenu champion d’Europe de marathon à Birmingham, l’année d’avant il a été sacré vice-champion du monde à un cheveu près lors des Championnats du monde à Tokyo – manquant la victoire pour trois centièmes de seconde. Il n’en détient pas moins le record allemand sur la distance du marathon, tout comme sur celle du semi-marathon. Amanal Petros est le coureur de fond allemand au plus grand nombre de succès.
Et pourtant, rien ne le prédestinait à cette voie. Amanal Petros est né en 1995 à Assab, ville portuaire en Érythrée. Alors qu’il avait deux ans, avec sa mère et ses sœurs il a fui la guerre entre l’Érythrée et l’Éthiopie, jusque la région du Tigray, dans l’Éthiopie voisine. Amanal Petros grandit dans la région frontalière instable entre les États ennemis. « L’insécurité y régnait toujours », dit-il. Ils avaient toujours peur de ne pas voir le lendemain. C’est pourquoi, à 16 ans, il a décidé de quitter le pays et de fuir en Allemagne.
Le chemin d’Amanal Petros jusqu’en Allemagne
En chemin, il fait d’horribles expériences : les femmes sont violées, d’autres personnes en fuite sont arrêtées ou battues. Il réussi à traverses cela et arrive en Allemagne en janvier 2012. Là’, il est hébergé dans un logement pour réfugiés à Bielefeld. « Au début, je me suis senti très seul en Allemagne », raconte-t-il. La culture allemande, la langue – tout lui est étranger.
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Ouvrir le formulaire de consentementCe qui l’aide à trouver sa place en Allemagne, c’est le sport. Tout d’abord, il rejoint une équipe de football. Mais lui et ses entraîneurs remarquent bientôt qu’il est meilleur en course sans ballon. Il fait ses débuts dans un club d’athlétisme, le TSVE Bielefeld. Là, l’envergure de son talent devient évidente. Il gagne rapidement de premières compétitions locales, d’abord sur cinq et dix kilomètres. Mais le sport est pour lui plus qu’une collection de victoires. Là, il fait la connaissance de nombreuses personnes grâce auxquelles il commence à se sentir chez lui en Allemagne – et il apprend comment les Allemands « fonctionnent » : qu’on ne s’enlace pas et ne s’embrasse pas pour se dire bonjour quand on ne se connaît pas bien, qu’il faut être ponctuel aux rendez-vous. Amanal Petros apprend la langue et obtient la nationalité allemande en 2015.
Comment Amanal Petros est entré dans la Bundeswehr
À cette époque, il réfléchit à comment gagner sa vie plus tard et effectue un stage chez un kiné. Mais il remarque qu’il est impossible de concilier un travail à temps plein et le dur entraînement de coureur pro en devenir. Il demande conseil à son entraîneur qui a une idée : la Bundeswehr propose aux sportives et sportifs prometteurs la possibilité de se concentrer pleinement sur leur entraînement en tant que « soldats sportifs » tandis qu’un revenu leur est assuré. Mais les places sont rares – à l’échelle nationale, la Bundeswehr ne propose que quelques centaines de places dans ses groupes de promotion sportive, et seuls les meilleurs espoirs issus des équipes olympiques et des équipes de jeunes sont sélectionnés. Une chose est claire : Amanal Petros doit s’entraîner encore plus dur et afficher de nouvelles victoires. Grâce à son ambition et sa discipline, il y arrive et intègre la Bundeswehr en 2017 en tant que soldat sportif.
Il effectue la formation initiale sous une forme abrégée, comme c’est la coutume pour les soldats sportifs. Tir, rangement du casier, salut militaire : c'est là que Petros apprend les bases du métier de soldat. Il intègre ensuite le groupe de promotion sportive et peut, grâce au soutien thérapeutique et médical de la Bundeswehr, se consacrer pleinement à sa discipline sportive.
Après son intégration de la Bundeswehr, son ascension se poursuit. En 2020, il établit le record d’Allemagne du marathon à Valence ; en 2025, à Tokyo, il remporte la médaille d’argent aux Championnats du monde et, quelques semaines plus tard, il bat pour la deuxième fois le record d’Allemagne du marathon, parcourant les 42 kilomètres en 2 h 04 min 03 s. En 2026, il est sacré champion d’Europe de marathon à Birmingham, « sur un parcours vraiment difficile », comme il le dit lui-même.
J’aime ce pays, il m’a tant donné
Il considère également son service en tant que soldat sportif comme un engagement envers sa nouvelle patrie. « J’aime ce pays », déclare-t-il, « il m’a tant donné. » C'est pourquoi, lors des compétitions, il lui arrive parfois d’embrasser l’aigle fédéral qui figure sur son maillot. Il est toujours heureux de pouvoir vivre en sécurité en Allemagne. Liberté, démocratie, amitié entre les peuples – voici ce que symbolise le sport pour lui. Et, en cas d’urgence, il serait prêt à s’engager en tant que soldat pour défendre ces valeurs.