Où vivent les Allemands

Un simple regard sur la carte le révèle : avec quelque 82 millions d’habitants, l’Allemagne se compose d’un grand nombre de communes et de villes de taille très diverse.

Wiedenborstel Straßenschild
dpa

Le panneau de l’agglomération sur la départementale 121, à 60 kilomètres au nord de Hambourg, signale que l’on arrive dans la commune probablement la plus rurale d’Allemagne à Wiedenborstel. Il n’y a pas plus petit, estiment les spécialistes de l’Office fédéral des statistiques. Avec onze habitants, maire compris, ce mini-village du Schleswig-Holstein vient en tête de la liste des plus petites communes d’Allemagne. Les habitants de Wiedenborstel vivent au cœur d’une réserve naturelle. Ici, le terme de voisinage a une tout autre dimension. La densité démographique de ce village d’une superficie de 4,5 kilomètres carrés est de tout juste 1,1 habitant au km². La moyenne allemande est de quelque 230 habitants par km², ce qui fait de l’Allemagne l’un des pays européens ayant la plus forte densité démographique. Le contraste le plus fort avec l’Allemagne de Wiedenborstel se situe à 350 kilomètres de là, au sud-est, à Berlin où vivent 3,4 millions de personnes. Il n’y a pas plus grand en Allemagne. La capitale est la ville allemande la plus peuplée, la vie urbaine y palpite. On y compte quelque 3849 habitants au km², seule la densité de Munich est plus forte avec 4405 habitants au km².

Wiedenborstel et Berlin: ces deux exemples montrent bien où se concentre la population en Allemagne et l’intensité des contrastes entre la périphérie du pays et ses centres. Un simple regard sur la carte de l’urbanisation du pays le plus peuplé d’Europe le révèle: quelque 82 millions d’habitants vivent sur une superficie de 357 021 km² dans un grand nombre de communes et de villes de taille très diverse. Sur les 4500 communes rurales et urbaines, 30 % sont des villes et 70 % des communes rurales. Mais le fort pourcentage des communes rurales fait illusion. La majorité de la population vit dans un environnement urbain, les trois quarts des Allemands habitant dans une région urbaine.

Travailler, s’approvisionner, disposer d’une infrastructure culturelle et de loisirs: pour Martina Löw, sociologue spécialiste de la ville et professeur à l’Université technique de Darmstadt, les villes sont des points de cristallisation de la vie professionnelle, culturelle et sociale, des lieux où les gens aiment vivre. Dans les comparaisons internationales, l’Allemagne urbaine se compose de nombreuses villes et régions urbanisées de taille diverse. Ce qui est remarquable ici, c’est que l’Allemagne possède nombre de grandes villes mais seulement quatre villes dépassant le million d’habitants: Berlin, Hambourg, Munich et Cologne. Un autre aspect est également frappant dans le système fédéral allemand: Berlin, la capitale, n’est pas la seule grande métropole. Une photo prise depuis l’espace le montre bien: la nuit, plusieurs régions du pays sont particulièrement éclairées. Théoriquement, un astronaute pourrait décompter 81 grandes villes, 611 villes de taille moyenne et 1584 petites villes. Au nord, à l’est et au sud de l’Allemagne, il distinguerait quelques grands centres urbains et une périphérie surtout composée de villages et de petites villes. A l’ouest en revanche, il constaterait que la majorité de la population se concentre dans les conurbations des grandes régions économiques sur le Rhin, la Ruhr et le Main ainsi que dans les agglomérations du sud-ouest.

Une population rurale classique, vivant et travaillant à la campagne, est plutôt l’exception en Allemagne. Aujourd’hui, la vie rurale existe surtout dans le contexte et à proximité des grandes villes où se trouvent d’ailleurs 40 % des emplois. Nombre de communes situées dans la zone d’influence des grandes villes ont connu un développement dynamique, constate l’Institut fédéral de recherches sur l’urbanisme et le territoire (BBSR) dans son étude «Vie rurale – Envie de campagne?» L’étude conclut que la vie rurale est plus souvent synonyme de vie familiale, elle se déroule surtout chez soi et nécessite une voiture pour des raisons de mobilité. Mais les régions rurales se distinguent fortement: les villages à la périphérie des grandes villes ont une apparence différente, leur population a une autre structure sociale que les villages à la périphérie du pays.

L’Allemagne est une société en mouvement et la mobilité y joue un rôle éminent. Que l’on se marie ou qu’on ait trouvé un nouvel emploi, les causes d’un déménagement sont souvent d’ordre privé. On distingue une tendance très stable dans les changements de région en Allemagne: ils se font du nord et de l’est vers les régions éco­nomiquement dynamiques du sud et du sud-ouest. Néanmoins, ces dernières années, un nombre plus faible d’habitants a déménagé en Allemagne. Au milieu de la première décennie du XXIe siècle, quelque 3,5 millions de personnes ont changé de lieu de résidence, soit 4,2 % de la population et un demi-million de moins que vers le milieu des années 1990. Les personnes venant du sud des Länder est-allemands s’installent de préférence en Bavière et au Bade-­Wurtemberg, les habitants du nord-est allant souvent à Hambourg et en Rhénanie-Westphalie. En outre, la génération des 18-30 ans est extrêmement mobile alors que les générations plus âgées sont plus sédentaires.

L’Institut Leibniz de géographie à Leipzig a étudié certaines mutations de très près dans son atlas national. Sa conclusion: les années suivant la chute du Mur et la réunification allemande en 1989-90 ont été marquées par des flux migratoires dynamiques au sein de l’Allemagne. On note surtout que la majorité alla d’est en ouest mais qu’il y eut aussi une forte migration de l’ouest vers l’est. Entre 2000 et 2007, 1,5 million d’Allemands de l’Est s’installèrent en Allemagne de l’Ouest. Mais, parallèlement, environ un million d’Allemands de l’Ouest s’installèrent à l’Est: entre 120 000 et 140 000 personnes par an, soit l’équivalent d’une grande ville ouest-allemande. Les destinations les plus prisées étaient Berlin et la Saxe, le Land est-­allemand le plus peuplé.

Alors que les zones rurales ne cessent de se dépeupler, les interdépendances ville-campagne augmentent, comme le montre l’exemple des grandes conurbations. Elles sont le moteur du développement social, économique, sociétal et culturel, et jouent un grand rôle dans la compétition internationale des sites. L’Allemagne a onze régions de ce type, étant ainsi leader en Europe. Selon une étude du BBSR, parmi les douze régions à grandes conurbations du continent européen, quatre sont allemandes: la région Francfort-Rhin-Main, la région Rhin-Ruhr, Berlin et Munich; les régions Francfort-Rhin-Main et Rhin-Ruhr sont économiquement très performantes, Berlin est un grand centre politique et Munich un grand centre scientifique.

Les régions à grandes conurbations sont-elles le modèle de demain face à des challenges comme l’évolution démographique, un urbanisme ménageant les ressources et une mobilité moins polluante? La sociologue de la ville Martina Löw pense que ce ne sont pas les très grandes villes mais les villes d’importance moyenne qui sont les plus attrayantes à long terme. «L’important, c’est que les grandes villes puissent être perçues comme un tout par ses habitants, ce n’est qu’ainsi qu’on peut s’identifier à elles. Ce que nous appelons grandes villes en Allemagne est d’une taille agréable à l’échelle mondiale.»