30 ans: 1980 – 2010

L’Allemagne est réunifiée depuis le 3 octobre 1990.

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Les années 1980

Une nouvelle force politique apparaît au cours de cette décennie. Le parti des Verts, issu du mouvement écologiste et pacifiste, se fonde en 1980. Trois ans plus tard, les Verts font déjà leur entrée au Bundestag, portant des pulls tricotés à la main et armés de tournesols. C’est un choc culturel pour les partis de longue date. Helmut Kohl (CDU) est chancelier depuis 1982 ; il a été élu chef de gouvernement par le Bundestag lorsque le FDP quitta la coalition social-libérale conduite par Helmut Schmidt (SPD) pour s’allier à la CDU/CSU.

Mais tous les événements intérieurs de cette décennie pâlissent devant l’automne de sa dernière année : le Mur tombe à Berlin le 9 novembre 1989. Ce que les Allemands de l’Est comme de l’Ouest n’osaient imaginer se passe vraiment : sous la pression de sa population, la RDA ouvre les postes frontières vers l’Ouest. L’ère de la partition allemande tire à sa fin. Cet aboutissement a été précédé en RDA par une révolution de velours de plusieurs semaines : les ré­formes du président soviétique Michael Gorbatchev et les mouvements de démocratisation en Hongrie et en Pologne ont créé une atmosphère dans laquelle nombre de citoyens est-allemands expriment ouvertement leur désaccord avec leur régime, en fuyant par la Hongrie et la Tchécoslovaquie ou avec les célèbres manifestations du lundi. Celles-ci commencent en septembre 1989 devant l’église Saint-Nicolas à Leipzig. Ces deux mouvements font trembler les structures de la RDA et Erich Honecker démissionne de ses fonctions de secrétaire général du SED et de président du Conseil d’Etat le 18 octobre 1989.

Dans la soirée du 9 novembre, Günter Schabowski, membre du bureau politique, annonce lors d’une conférence de presse et à la surprise générale un large aménagement des possibilités de voyage pour les particuliers, aménagement qui entre en vigueur « immédiatement et sans délai ». Dans la même nuit, des milliers de citoyens est-allemands se précipitent vers la frontière vers Berlin-Ouest où les garde-frontières est-allemands ouvrent nombre de postes frontières sans en avoir expressément reçu l’ordre : le Mur tombe. En décembre, les représentants des mouvements de citoyens est-allemands négocient avec le pouvoir la démocratisation de la RDA. Simultanément, pendant les manifestations, un nombre croissant d’Allemands de l’Est réclament l’unité allemande.

Les années 1990

Les premières élections libres à la Chambre du peuple de la RDA se déroulent le 18 mars. La campagne électorale porte surtout sur la forme et le rythme de l’unification avec la République fédérale. Le résultat, une victoire de l’Alliance pour l’Allemagne des conservateurs, est un vote éloquent en faveur d’une unification rapide et de l’introduction de l’économie sociale de marché. Avec la création d’une union sociale, monétaire et économique en mai, l’intégration de la RDA dans la République fédérale est pratiquement accomplie.

Au niveau extérieur, la voie menant à l’unité allemande passe par l’accord des quatre vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale : lors d’entretiens à 2 + 4, les Etats-Unis, l’Union soviétique, la ­Grande-Bretagne et la France débattent avec les deux Etats allemands des modalités de l’unification. Le 12 septembre 1990, le Traité 2 + 4 est signé à Moscou. L’Allemagne unie obtient sa ­pleine souveraineté, les droits de juridiction des Alliés prennent fin le 3 octobre 1990. Le même jour, l’unité de l’Allemagne se réalise avec l’adhésion de la RDA, comme le prévoit le paragraphe 23 de la Loi fondamentale. Les premières élections panallemandes au Bundestag se déroulent en décembre 1990 : Helmut Kohl (CDU) sera le premier chancelier de l’Allemagne réunifiée. A l’extérieur, la République fédérale œuvre fortement à l’approfondissement de la Communauté européenne : en 1995, l’Allemagne compte parmi les premiers signataires de l’accord de Schengen, accord qui prévoit l’absence de contrôles douaniers entre les pays signataires.

Les années 1990 sont largement marquées par l’impact économique de la réunification et de la reconstruction à l’Est : la Fédération et les Länder adoptent un Pacte de solidarité pour compenser les différences issues de 40 ans de partition ; une « taxe de solidarité » existe en outre depuis 1991 à l’Est comme à l’Ouest : il s’agit d’un impôt supplémentaire affecté à la reconstruction à l’Est. Depuis la réunification, Berlin est capitale de l’Allemagne et devient siège du gouvernement par décision du Bundestag : en 1999, dix ans après la chute du Mur, le Bundestag, le gouvernement et une grande partie des ministères déménagent de Bonn à Berlin. C’est Gerhard Schröder (SPD) qui s’installe dans la nouvelle Chancellerie ; il dirige depuis les élections de 1998 la première coalition rouge-verte au niveau fédéral.

Les années 2000

Dans la première décennie du nouveau millénaire, le monde a le regard tourné vers l’Allemagne à plusieurs occasions. La première exposition universelle du siècle se déroule à Hanovre : à l‘Expo 2000, les thèmes de la durabilité et de l’équilibre entre l’homme, la nature et la technique dominent pour la première fois les présentations. Reflétant cette ère aux nouvelles coordonnées, la globalisation rapproche le monde sur le plan économique et politique – à la fin de la décennie, on en découvrira aussi les aspects négatifs avec la crise financière mondiale.

En 2006, le championnat du monde de football met le pays en fête. Ce «conte d’été » change l’idée que nombre d’étrangers se font des Allemands : ce sont des hôtes chaleureux qui savent s’amuser. En 2007, l’Union européenne fête son 50e

anniversaire à Berlin, pendant la présidence allemande de l’UE. La Déclaration de Berlin rappelle les acquis de l’UE, ainsi que les racines et les valeurs communes des pays membres. En 2004 et 2007, la Communauté s’est élargie à douze autres pays, en majorité d’Europe centrale, et est passée à vingt-sept membres. La même année, le G8 se réunit lui aussi en Allemagne : de nouvelles impulsions sur la protection du climat, la politique pour l’Afrique et la coopération avec les pays émergents partent de Heiligendamm.

En politique intérieure, le chancelier Gerhard Schröder, à la tête d’une coalition composée du SPD et de l’Alliance 90/Les Verts, poursuit avec l’Agenda 2010 son programme de réforme de l’Etat social et de lutte contre le chômage. A l’extérieur, l’Allemagne souligne maintes fois sa disposition à assumer une plus grande responsabilité internationale dans le cadre de la communauté des Etats afin de contribuer à la résolution des conflits et de promouvoir la socié­té civile. En Allemagne, en novembre 2005, une femme devient pour la première fois chef du gouvernement : la chancelière Angela Merkel dirige une grande coalition composée de la CDU/CSU et du SPD.