A l’aise dans quatre langues

L’allemand compte toujours parmi les grandes langues étrangères en Europe. Pour la Bruxelloise Elisa Lena, âgée de 14 ans, l’allemand est l’une des quatre langues qu’elle utilise tout naturellement dans la vie quotidienne.

privat - Elisa Lena

Elisa Lena parle l’allemand, la langue de sa mère, aussi bien que l’italien. Elle sait rouler le « R » comme sa famille en Italie, le pays d’origine de son père. Quelle langue préfère-t-elle ? Elle ne peut pas répondre, dit Elisa en secouant ses boucles et en riant. Elle parle tout aussi volontiers l’anglais et elle est familiarisée avec le français depuis la crèche. Elisa est à l’aide dans les quatre langues et passe aisément de l’une à l’autre. « Quand je ne trouve pas un mot, j’essaie de paraphraser », dit cette collégienne de 14 ans. Elle est née et a grandi à Bruxelles. On entend nombre d’idiomes ici, au cœur de l’Union européenne (UE) avec ses 24 langues officielles. La Belgique en a à elle seule trois : le français, le flamand et l’allemand. Mais, dans les familles, le plurilinguisme n’est pas toujours pratiqué aussi systématiquement que dans la famille d’Elisa.  

L’allemand compte toujours parmi les grandes langues étrangères en Europe. Jusqu’à la première moitié du XXe siècle, c’était la langue des sciences naturelles, de la médecine et de la psychologie. L’allemand a encore une grande importance dans la littérature et les sciences humaines. Quelque 130 millions de personnes parlent l’allemand comme langue maternelle ou comme seconde langue dans le monde, et il y a plus de 15 millions d’apprenants. La plupart vivent en Europe. Selon une étude réalisée par le Goethe-Institut en 2015, plus de 9,4 millions de personnes apprennent l’allemand en Europe.

Nulle part aussi apprécié qu’en Pologne

L’image positive de l’Allemagne, la situation économique stable et les bonnes possibilités de formation initiale et continue sont des facteurs importants qui motivent nombre de ceux qui s’intéressent à l’allemand. L’intérêt augmente notamment dans des pays non-membres de l’UE, comme la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine, la Serbie et la Turquie. La demande en cours d’allemand augmente aussi dans les pays de l’UE, notamment aux Pays-Bas et en Espagne. Mais l’allemand est nulle part plus apprécié qu’en Pologne où plus de 2,3 millions de personnes apprennent l’allemand, 2,1 millions commençant dès l’enfance.

Ces chiffres positifs résultent des efforts intenses faits par l’Allemagne pour rendre l’allemand attrayant aux yeux des apprenants et proposer des offres intéressantes avec des bourses et des programmes d’échanges. Début 2008, le ministère fédéral des Affaires étrangères lança l’initiative « Les écoles : des partenaires pour demain » (PASCH). Le Goethe-Institut, le Service allemand des Echanges universitaires (DAAD) et le Service des échanges pédagogiques de la Conférence permanente des ministres de l’Education et des Affaires culturelles contribuent à sa réalisation. Le réseau PASCH compte aujourd’hui plus de 1800 écoles. Les 159 Goethe-Institut prennent en charge, dans les systèmes d’éducation nationaux, près de 600 écoles où l’enseignement de l’allemand a été introduit ou étendu. Les 142 Ecoles allemandes à l’étranger, dont 44 en Europe, font également parmi de ce réseau.

Promouvoir la compréhension mutuelle

L’objectif ambitieux des pays de l’UE est que tous les citoyens de la Communauté maîtrisent deux langues étrangères à côté de leur langue maternelle. Les chefs d’Etat et de gouvernement en ont convenu à Barcelone en 2002. L’idée qui y préside :  maintenir la diversité des langues en Europe et promouvoir la compréhension mutuelle. Même si ces chiffres sont difficiles à atteindre – en 2012, seul un Européen sur quatre parlait deux langues étrangères –, certains pays font de gros efforts pour y parvenir. Ainsi, au Luxembourg, en Finlande, à Malte, aux Pays-Bas, en Estonie, à Chypre, en Roumanie, en Islande, au Liechtenstein et en Macédoine, les élèves apprennent au moins deux langues. La moyenne européenne se situe à 1,6 langue. Les connaissances linguistiques d’Elisa Lena devraient d’autant plus ravir les responsables européenns.

En 2012, les enfants apprenaient en moyenne 1,3 langue en Allemagne. En 2015/2016, plus de 7 millions d’élèves suivaient des cours d’anglais, environ 1 million et demi apprenaient le français. Mais, depuis quelques années, l’espagnol est de plus en plus apprécié : alors que, en 2002/2003, il y avait tout juste 150.000 élèves qui apprenaient l’espagnol, leur nombre dépassait les 400.000 en 2015/2016. Nombre d’élèves trouvent l’espagnol plus simple et apprécient qu’il soit parlé non seulement en Espagne mais aussi dans nombre de pays sud-américains. En général, ils renoncent alors au français comme deuxième langue étrangère. Le programme FranceMobil/mobiklasse.de cherche à intéresser de manière ludique les élèves français et allemands à la langue de l’autre. Car, depuis plus de 50 ans, la France et l’Allemagne ont noué une amitié avec le Traité de l’Élysée et souhaitent conserver leurs relations étroites.

Une tour de Babel dans la cour de l’école

Dès le premier jour, ses parents lui ont parlé en allemand et en italien, raconte Elisa Lena. L’élève fréquente en outre la section allemande de l’Ecole européenne à Bruxelles. L’enseignement s’y fait en allemand mais aussi en anglais pour les cours d’histoire, de géographie et de religion. Elle a également des cours de français et d’italien. Les Ecoles européennes, créées par les pays membres de l’UE, proposent dès le primaire une éducation plurilingue et multiculturelle à leurs élèves. Elles sont majoritairement fréquentées par des enfants dont les parents travaillent dans les institutions européennes. Il existe quatre Ecoles européennes à Bruxelles accueillant plusieurs milliers d‘élèves. La cour de ces écoles rappelle une tour de Babel. Mais dans les bavardages en classe, dit Elisa, on parle en anglais, c’est la langue des jeunes, dit-elle.

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