« Nous devons nous politiser »

Les Européens devraient plus discuter de ce qu’ils veulent en Europe et avec l’Europe, estime le journaliste Hasnain Kazim. Mais pas nécessairement sur les réseaux sociaux.

dpa/Karlheinz Schindler - Hasnain Kazim

« L’Europe est pour moi une patrie, malgré ses différences culturelles. L’Europe est tellement diversifiée mais elle a un cadre : la démocratie libre et libérale. Le plus important en Europe est que l’on peut y vivre en paix et exprimer librement ses opinions. On l’oublie trop souvent. Ma génération a connu la guerre froide. Il nous faut nous souvenir de temps en temps que la guerre était un état normal sur ce continent au cours des siècles passés. 

Un lieu européen ? Je ne connais pas d’autre ville qui soit aussi européenne que Vienne, la capitale autrichienne. Au-delà des institutions européennes, on y vit l’Europe, tout simplement. Dans la rue, on entend du hongrois, du tchèque, du slovène – les influences de l’Europe de l’Est y sont aussi fortes que celles de l’Ouest. Et les gens aiment expérimenter. Vienne embrasse l’avenir. Pour moi, il est toujours incroyable de pouvoir prendre le train à Vienne et de descendre à Bratislava à peine une heure plus tard. Longtemps, une telle liberté de mouvement n’a pas existé.

Mais on court le risque que cela ne soit plus le cas demain. Nous constatons la montée des populistes partout en Europe. Nous devons œuvrer sans cesse à une Europe libre et démocratique. J’espère que l’Europe restera ce qu’elle est : une entité formée de démocraties. Mais je crains qu’il y ait un retour à la pensée nationaliste, avec des barrières et des frontières. Après les élections aux Etats-Unis, l’Europe est finalement le dernier bastion de la démocratie libérale. Il faut se battre pour elle mais les réseaux sociaux ne conviennent pas. Les plus grands ennemis de la démocratie et de la libre pensée s’y font le plus entendre car ils y sont les plus bruyants. Ce que nous pouvons faire, c’est discuter plus souvent de ce que nous voulons en Europe et avec l’Europe. Nous devons inciter les gens à se politiser et à ne pas se retirer dans leur sphère privée – et ce dès l’école. »

Fils d’immigrants indo-pakistanais, Hasnain Kazim est né en 1974 à Oldenburg. Il a fait des études de sciences politiques à Hambourg et devint officier de marine. Il a fait sa carrière de journaliste au « Stader Tageblatt », à l’agence de presse allemande dpa (bureau d’Asie du Sud) et à la « Heilbronner Stimme ». Il a été correspondant au Pakistan et en Turquie pour « Spiegel Online » et « Der Spiegel ». Il vit à Vienne depuis mars 2016.

Protocole : Anja-Maria Meister