« L’analyse fait défaut »

Ce que l’économiste kényan James Shikwati pense du partenariat du G20 avec l’Afrique et de l’approche de la Chine en Afrique.  

James Shikwati
James Shikwati Ludger Kersting

M. Shikwati, vous êtes un opposant à l’aide au développement. Sur l’initiative de la chancelière Angela Merkel, le G20 a choisi une nouvelle approche. Qu’en pensez-vous ?

La déclaration des chefs d’Etat et de gouvernement sur le sommet du G20 à Hambourg « Formons un monde interconnecté » est un grand document qui résume les défis les plus importants du monde moderne. Malheureusement, ce document révèle aussi quel état d’esprit préside à l’approche du G20 envers l’Afrique. On se concentre sur des propositions d’« aide » et sur la déclaration non quantifiée « Nous saluons la responsabilité qu’assument les pays africains envers eux-mêmes… ». Dans le partenariat avec l’Afrique, des thèmes comme les migrations et la corruption sont mis en avant mais il y manque l’analyse de la mesure dans laquelle les activités des membres du G20 favorisent la corruption en Afrique et les migrations, par exemple par un changement de gouvernement, la concurrence pour les ressources naturelles et la manipulation des systèmes de l’économie de marché.

James Shikwati
James Shikwati Ludger Kersting

La Chine a probablement analysé les faiblesse des approches occidentales en Afrique.

James Shikwati

La Chine a en Afrique une approche différente de celle des pays occidentaux. Qu’en pensez-vous ?

La Chine a probablement analysé les faiblesse des approches occidentales en Afrique, à savoir que, par crainte des migrants venant surtout d’Afrique, on achète une stabilité artificielle en se cachant derrière le terme d’« aide au développement ». L’approche chinoise a consisté jusqu’à présent en accords et en négociations très dures, et pas den un altruisme hypocrite. A moyen terme, cela a permis aux Africains de recourir à une alternative dans les coopérations internationales pour les grands projets d’infrastructure en Afrique. Les intérêts chinois ont provoqué une concurrence aigue lors des appels d’offres pour les grands projets nationaux et internationaux. Ces nouvelles « guerres des appels d’offre » sont devenues un moteur lors des campagnes électorales et ont redéfini l’environnement politique qui portait auparavant surtout sur le contrôle des matières premières et l’appartenance ethnique. Dès que les intérêts chinois auront atteint un certain niveau en Afrique, l’agenda pour l’Afrique aura des formes similaires à celles régnant en Occident depuis plus de 50 ans. Le scénario alternatif consiste à ce que l’Afrique profite tant des intérêts chinois qu’occidentaux pour accroître l’importance du continent sur le marché mondial.

 
Vous étiez récemment à la conférence « Start-up Africa – promouvoir l’économie africaine » de la Fondation Friedrich-Naumann à Bonn. Que conseillez-vous aux hommes d’affaires intéressés ?

Les start-ups n’attendent pas que les marchés les invitent à s’implanter. Elles donnent elles-mêmes les impulsions et sont les premières à réagir aux besoins du marché que les acteurs traditionnels ignorent toujours. Les hommes d’affaires intéressés devraient coopérer avec leurs confrères africains pour qu’un environnement favorable aux affaires se développe, c’est-à-dire un bon environnement sur le plan politique, législatif et administratif, sinon les start-ups s’étiolent. Les start-ups sont des employeurs importants en Afrique. Elles comblent les vides que les gouvernements ne couvrent pas. Avec des règles claires pour protéger la propriété intellectuelle avec un système de brevets, les hommes d’affaires peuvent coopérer avec des start-ups africaines, harmoniser leurs activités avec des chaînes stratégiques de création de valeur et exploiter les énormes opportunités qui, en raison d’une infrastructure médiocre, s’offrent par exemple dans le secteur de l’énergie, de la sécurité alimentaire, de la santé et de l’éducation.

Y a-t-il déjà un exemple réussi, d’une entreprise allemande peut-être ?

La société Mobisol Kenya est allemande à l’origine et propose avec succès des solutions énergétiques pour les unités d’habitations rurales qui ne sont pas connectées au réseau Kenya Power Electricity et pour celles qui y sont raccordées mais subissent des coupures de courant fréquentes. Le Kenya est un champ fertile pour les start-ups techniques et non-techniques qui proposent des solutions dans des domaines comme les finances, l’agriculture, la logistique et l’éducation.

James Shikwati est le directeur de l’Inter Region Economic Network au Kenya et un spécialiste du développement économique en Afrique ; c’est aussi un critique éminent de l’aide au développement.

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