Lire dans les étoiles
Le plus grand radiotélescope du monde est en cours d’installation en Afrique du Sud et en Australie. L’Allemagne et l’Afrique du Sud travaillent ensemble pour répondre aux grandes questions de l’Univers.
Quel est l’âge de l’Univers ? Existe-t-il une vie extraterrestre ? Quelle est l’origine de la vie ? Ces questions, parmi d’autres, pourraient bientôt trouver des réponses. Le Square Kilometre Array (SKA), le plus grand radiotélescope du monde, est en effet en cours de construction dans le cadre d’un projet d’envergure internationale. D’ici à 2030, 197 télescopes individuels doivent être installés au beau milieu du semi-désert de Karoo en Afrique du Sud, loin des perturbations engendrées par les ondes électro-magnétiques.
Ce projet est piloté par 13 pays, regroupés en un consortium international chargé de créer le plus grand radiotélescope du monde, l’Observatoire du réseau d'antennes d'un kilomètre carré (SKAO). Le siège du SKAO est en Grande-Bretagne et l’Allemagne en est un membre officiel depuis 2024. L’Australie, pays partenaire, accueille la seconde partie du SKA : près de 130 000 antennes, comme des sapins de Noël dans le désert.
Dans le désert sud-africain, les près de 200 radiotélescopes s’étendent à perte de vue. La plus grande distance entre deux télescopes est de plus de 150 kilomètres. Chaque parabole a un diamètre de 15 mètres. Le chantier se poursuit dans cette région isolée, seule la moitié des télescopes prévus étant d’ores et déjà installés. Ces télescopes captent des ondes électro-magnétiques venant de l’espace, qui sont ensuite analysées par des astrophysiciens.
Données venant de l’espace : de l’Afrique du Sud vers l’Allemagne
Le travail ne s’arrête pas dans le désert. Les signaux provenant de l’espace sont transmis vers l’Allemagne, au Centre d’astrophysique allemand (Deutsche Zentrum für Astrophysik, DZA) de Görlitz dans l’est du pays. Les quantités de données transmises sont énormes. « Le SKA génère plus de données que tout l’Internet en 2022 », affirme Stefan Wagner du Centre d’astrophysique allemand.
L’équipe de Görlitz travaille actuellement à l’optimisation du traitement des données du SKA : elle programme des algorithmes et développe les infrastructures de recherche nécessaires. La priorité est de réduire « les flux de données massifs pour les rendre gérables », le tout sans perte de données. Afin de relever ce défi, le DZA mise sur l’intelligence artificielle et les nouvelles technologies. Le centre souhaite ainsi devenir un « moteur en matière d’innovation technologique dans le domaine de la science des données » et démontrer la plus-value sociale des stratégies mises en place pour la gestion des flux massifs de données.
Outre le DZA à Görlitz, d’autres centres de données doivent voir le jour à travers le monde. « Il s’agit d’un projet-pilote de coopération internationale », selon Stefan Wagner. Le DZA de Görlitz joue un rôle actif dans le cadre de ce projet. À l’été 2025, il accueillait plus de 600 participants à l’occasion du SKAO Science Meeting, la plus grande conférence scientifique dédiée à la radioastronomie à ce jour.
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Ouvrir le formulaire de consentementRecherche spatiale en Afrique du Sud
Victoria Samboco a, elle aussi, fait le déplacement à Görlitz. Cette astrophysicienne originaire du Mozambique étudie à l’Université Rhodes et est vice-présidente de la Mozambican Astronomical Society. Sa méthode visant à réduire les perturbations solaires dans les observations radioastronomiques est appliquée dans le monde entier et est également pertinente pour le SKA.
« C’est excitant de faire partie de la génération qui assistera aux avancées scientifiques du SKA et de voir la position de précurseur que prend l’Afrique du Sud », s’enthousiasme-t-elle.
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Ouvrir le formulaire de consentementLe gouvernement sud-africain subventionne la recherche spatiale et les formations scientifiques dans ce sens. Stefan Wagner se souvient du nombre très réduit d’astrophysiciens sud-africains au lancement du projet, tandis qu’ils sont plusieurs centaines aujourd’hui. Apporter des réponses aux grandes questions de l’Univers n’est pas la seule mission du SKAO. Le projet s’intègre d’ores et déjà aux cursus de formation MINT en Afrique du Sud à travers des programmes de subvention scolaires et universitaires ciblés et crée de nouveaux emplois.
« Ayant moi-même directement profité de ces aides, je peux dire qu’elles ont changé ma vie à bien des égards », affirme Victoria Samboco. « Je participe à un projet d’envergure internationale, je voyage et je noue des relations professionnelles avec des experts et des dirigeants dans ce domaine : des opportunités dont je n’aurais jamais pu bénéficier autrement. »
La coopération entre l’Allemagne et l’Afrique du Sud
L’Allemagne est membre officiel du SKAO depuis 2024. Son entrée au sein de ce projet de recherche international a été marquée par la mise à disposition de 14 antennes, livrées par l’entreprise allemande OHB Digital Connect en collaboration avec le DZA et l’Institut Max Planck de radioastronomie. L’Allemagne a reconfirmé son implication fin 2025 : le SKAO a en effet fait appel à OHB Digital Connect qui devra livrer 86 capteurs haute sensibilité pour le radiotélescope sud-africain.
Pour une chercheuse comme moi, cette coopération est comme une salle de cours internationale.
« Les apports de l’Allemagne dans des domaines tels que les récepteurs, les ordinateurs à haute performance et le développement de logiciels sont essentiels à la réussite du SKA. Pour une chercheuse comme moi, cette coopération est comme une salle de cours internationale », déclare Victoria Samboco. La doctorante apprécie cet échange mutuel de connaissances qui « voit se rencontrer les innovations sud-africaines en matière de Big Data et l’ingénierie allemande ». Elle estime que cette approche coopérative permettra au SKA de devenir, aux yeux de la communauté internationale, une avancée scientifique commune.
Des questions en attente de réponses
Les grandes questions de l’Univers pourraient donc bientôt trouver des réponses : « Nous espérons faire de nombreuses découvertes », affirme Stefan Wagner. Par exemple les processus derrière la thermodynamique des trous noirs, ou encore les secrets des éclairs extrêmement riches en énergie ou des explosions cataclysmiques se produisant dans l’espace. « Certaines découvertes confirmeront exactement ce que nous avions espéré. D’autres iront bien au-delà de ce que nous pouvions imaginer. C’est ce qui rend l’astrophysique si passionnante. »