Un an en Allemagne, 
nouvelles idées commerciales

Dans le cadre de l’initiative « L’Afrique arrive ! », de jeunes recrues africaines se perfectionnent dans des entreprises allemandes - et ces entreprises, quant à elles, tirent profit du savoir des Africains.

Gagner de l’argent avec les eaux usées ? Depuis son séjour en Allemagne, Lucy Mutinda sait exactement comment ça marche. La Kenyane est gérante d’Ecocycle Ltd, une société qui installe de petites stations d’épuration. Cette idée commerciale lui est venue lorsqu’elle a participé à l’initiative « L’Afrique arrive ! » visant à assurer une formation continue à de jeunes cadres d’Afrique subsaharienne. Elle a visité de nombreux parcs et installations technologiques en Allemagne. « J’étais très curieuse de savoir comment la gestion des eaux usées fonctionne en Allemagne », dit Mutinda. « Et voilà que mon idée commerciale était née. »

Lucy Mutinda est l’une des 76 jeunes recrues qui ont participé depuis 2008 à « L’Afrique arrive ! ». 19 majors allemandes ont fondé cette initiative. Elles accueillent des boursiers dans le but d’en faire des cadres. « Les participants acquièrent de l’expérience à l’international, ce qui leur permet d’avancer dans leur carrière », dit Lydia Jebauer-Nirschl, chef de projet à la Société allemande de coopération internationale (GIZ). C’est la GIZ qui organise le programme des bourses.

De leur côté, les sociétés peuvent s’adjoindre de nouveaux partenaires en Afrique. « Les entreprises bénéficient du savoir et de l’expérience des boursiers en matière de culture et de marchés africains. Cette initiative contribue donc à créer de nouvelles passerelles entre l’économie allemande et africaine. » Le programme en est à sa cinquième édition.

Les boursiers sont de jeunes diplômés universitaires qui ont quelques années d’expérience professionnelle. Avant de se rendre en Europe, ils suivent un cours d’allemand et approfondissent leurs connaissances de la langue sur place. Durant leur séjour d’un an en Allemagne, ils suivent plusieurs cours de gestion pour cadres. Dont les thèmes sont notamment la communication interculturelle et la gestion de projet et du changement. Par la suite, ce savoir leur est utile dans leur pays. « Les stages en gestion étaient excellents », dit Lucy Mutinda. « J’ai effectué les mêmes stages avec nos collaborateurs au Kenya. Cela a renforcé l’efficacité et l’effectivité de notre travail d’équipe. »

La partie la plus importante du programme « L’Afrique arrive ! » est la pratique dans l’entreprise. Les jeunes recrues travaillent pendant huit mois dans une grande entreprise allemande. L’une d’entre elles est Merck. Dans cette entreprise scientifique et technologique, les jeunes Africains commencent par apprendre comment se déroulent les processus dans leur domaine en Europe, par exemple dans la distribution. Puis ils travaillent en autonomie à un projet. À titre d’exemple : une Kenyane a travaillé à une stratégie de commercialisation d’un complément alimentaire dans son pays. Outre le travail sur le projet, des réunions sont prévues avec la direction ou avec des collaborateurs d’autres services, dans le but d’un échange mutuel d’expériences.

D’une part, cette collaboration profite 
aux jeunes recrues africaines : « Elles apprennent à travailler dans une multinationale et se familiarisent avec de nouveaux processus et de nouvelles technologies », commente Anja Heinrich, la responsable du programme de développement des talents chez Merck. D’autre part, ladite collaboration profite aux entreprises : les jeunes Africains connaissent bien les marchés de leur pays d’origine. Ils savent entre autres quelles sont les particularités culturelles à respecter, par exemple pour s’adjoindre des partenaires de coopération, et apportent souvent des idées peu conventionnelles. « Leur bilan en quelques mois est fantastique », dit Ralf König, chef du service Performance Materials International Sales. Rien d’étonnant à ce que quasi tous les anciens soient restés dans leur entreprise et travaillent maintenant, soit en Afrique, soit pour l’Afrique.

Durant leur année en Allemagne, ils participent aussi, en week-end, à des séminaires de la fondation Robert Bosch et de la fondation ZEIT. Ils font, par exemple, une tournée d’études ciblée sur la promotion de l’économie régionale. Le programme prévoit aussi des excursions sur le Rhin ou un concert à la Philharmonie de Berlin. « Pendant cette période, il ne s’agit pas uniquement de travailler, mais aussi de se familiariser avec l’Allemagne », dit la chef de projet Jebauer-Nirschl.

À la mi-février 2016, le ministre fédéral des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a reçu les futurs leaders à son ministère. Lors de cette visite, ils se sont vu remettre, suite à un entretien de deux heures, leur certificat de clôture de stage. Le président fédéral Joachim Gauck a également reçu les Africains. Lors de leur visite, il a souligné : « Vous avez été et êtes surtout un enrichissement pour les entreprises partenaires : vos collègues allemands ont beaucoup appris, grâce à vous, sur les méthodes de travail et les marchés africains. Pour en venir à l’essentiel : Vous, chers boursiers, tirez des enseignements de l’Allemagne – et l’Allemagne tire des ­enseignements de vous, » a dit Gauck.

Et la coopération se poursuit après le séjour en Allemagne. De retour dans leur pays, les jeunes cadres restent en contact les uns avec les autres grâce aux réseaux d’anciens de la GIZ. En outre, ils apportent leur contribution à la sélection des candidats des années suivantes. Actuellement, ils sont plus de 3000 à poser leur candidature pour « L’Afrique arrive ! ».

Pendant qu’elle était en Allemagne, Lucy Mutinda a développé son idée commerciale. Son séjour terminé, elle voudrait donner également à d’autres de nouvelles opportunités. Conjointement avec ses partenaires allemands, elle soutient les enfants nécessiteux de son village natal en payant notamment leurs frais de scolarité. Les nouveaux atouts dont a bénéficié Lucy Mutinda ont donc généré de nouvelles perspectives pour d’autres. ▪

Hendrik Bensch