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Gesine Schwan

La ville en tant qu’opportunité

Une initiative européenne veut renforcer le rôle des communes en matière de politique pour les réfugiés. Une interview de Gesine Schwan, présidente de la Humboldt-Viadrina Governance Platform.

Le nom du lieu de rencontre était un indice : à l’« European Solidarity Centre » à Danzig, des représentants de la politique, de l’économie et de la société civile se sont rencontrés afin de trouver de nouvelles voies pour l’accueil et l’intégration d’immigrés. Le centre lui-même, la ville, la Foundation for European Progressive Studies et l’Humboldt-Viadrina Governance Platform avaient invité à participer à la conférence « Relaunching Europe Bottom Up ». La présidente explique comment la solidarité peut se traduire en actions concrètes.  

Madame Schwan, l’objectif de la conférence était de « transformer la crise des réfugiés en une initiative européenne de croissance et de développement ». A quoi peut ressembler cette initiative et qu’est-ce que les participants ont atteint ?

Jusqu’à maintenant, savoir qui peut venir en Europe dépend de la décision des Etats nationaux. Mais ils ont échoué à implanter les réfugiés en Europe de manière décentralisée – il n’y a pas de mécanisme pour répartir les personnes en quête de protection dans les divers pays. Pourtant il y a un potentiel de solidarité vis-à-vis des réfugiés, comme on l’a vu en Allemagne et aussi dans d’autres sociétés européennes. Cela a lieu essentiellement au niveau des communes. C’est pourquoi nous devons trouver une possibilité pour que les villes puissent accueillir des réfugiés.

Comment les communes peuvent-elles montrer cette forme de solidarité contre la volonté affirmée de leur gouvernement national – comme par exemple en Pologne où a eu lieu la conférence?

Du  point de vue juridique, les Etats nationaux ont le pouvoir de décider quelles personnes étrangères peuvent être accueillies. Toutefois, les maires ont souvent une forte personnalité – s’ils s’unissent et créent une alliance pour accueillir des réfugiés c’est un signe politique important. Le gouvernement essaiera peut-être alors de supprimer des fonds aux villes. C’est là que réside l’opportunité de l’Union européenne – elle pourrait apporter une aide financière aux communes. Le gouvernement n’interdira pas publiquement aux communes d’accepter des fonds. 

Jusqu’à maintenant les fonds de l’UE sont la plupart du temps répartis en passant par les Etats nationaux.

Cela prend du temps et cause des pertes d’argent. C’est pourquoi les communes cherchent depuis longtemps à obtenir des fonds directement de Bruxelles par le biais d’un système de candidature. Le problème est aussi que jusqu’à maintenant il y a souvent des fonds uniquement pour des projets individuels, souvent pour de grandes infrastructures. Cela complique le lien des citoyens avec l’UE. En cas de construction d’autoroutes ou de ponts, on appose l’écriteau « financé par l’Union européenne » ; cela n’a pas d’effet d’identification. C’est tout à fait différent lorsque les citoyens prennent les choses en mains dans leur commune et reçoivent pour cela de l’argent de Bruxelles. C’est pourquoi, à la conférence, nous avons adopté les grandes lignes d’un manifeste reprenant cette idée et définissant différentes étapes.

Quel est l’objectif concret ?

En Europe, nous avons de toutes façons besoin d’une initiative pour les investissements et la croissance afin de trouver une solution au chômage et au problème d’infrastructure. On pourrait y inclure l’accueil des réfugiés et des migrants. Notre souhait est que, si possible, chaque commune fonde un comité où ses représentants politiques, des entreprises et la société civile organisée – c’est-à-dire des syndicats, des églises et des ONG – étudient ensemble s’il est possible que la ville accueille des réfugiés, et combien,  et comment il convient d’organiser leur intégration. Si les communes reçoivent pour ce faire des fonds de l’UE et obtiennent encore la même somme pour, par exemple lancer de plus des projets liés à l’efficacité énergétique et des programmes d’emplois, on a un ensemble de mesures cohérent.

Votre conférence portait le nom de « Relaunching Europe Bottom Up ». Il semble d’ailleurs que les défis actuels liés à l’identification à l’Europe consolident la base. Est-ce également votre impression ?

Oui. Les manifestation de l’initiative « Pulse of Europe » en sont aussi l’un des nombreux signes. Dernièrement, l’Europe est de plus en plus écartelée, car les gouvernement individuels font sans cesse ce qui augmente leurs chances lors des élections nationales. C’est pourquoi nous devons contrebalancer les Etats nationaux mais il ne suffit pas de dire « la société civile doit s’en charger ». Elle n’est pas suffisamment structurée. Les commues devraient le faire avec la société civile organisée et les entreprises – elles ont toujours été un noyau des mouvements de démocratie. Depuis l’Antiquité, les citoyens des villes ont participé au développement démocratique de la société. Et la participation fait aussi naître l’identification. Le mot d’ordre est de le souligner.

Interview menée par Helen Sibum.

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