L’AfD remporte les élections en Saxe-Anhalt
En Saxe-Anhalt, l’AfD remporte une victoire écrasante, mais échoue à obtenir la majorité absolue. Le parti classé comme d’extrême droite peut-il malgré tout gouverner dans ce land ?
Magdebourg (dpa/d.de) – Avec sa tête de liste Ulrich Siegmund, l’AfD a remporté les élections régionales au Landtag de Saxe-Anhalt avec une large avance, mais sans décrocher la majorité absolue. La CDU, avec le ministre-président Sven Schulze, arrive en deuxième position, au terme d’un lourd revers électoral.
Avec l’AfD, un parti classé comme « assurément d’extrême droite » par l’Office de protection de la Constitution de Saxe-Anhalt pourrait accéder au pouvoir dans un Land – mais il lui faudrait pour cela le soutien d’autres élus. Il n’est pas clair s’il parviendra à convaincre certains députés d’autres groupes parlementaires de voter pour l’élection de Siegmund au poste de ministre-président. Les autres partis dans le parlement du land avaient exclu avant les élections toute coalition avec l’AfD.
AfD double son résultat – La CDU s’écroule
Selon les résultats provisoires, l’AfD a plus que doublé ses voix en atteignant 43,8 pour cent (20,8 en 2021). La CDU a chuté à 17,2 pour cent (37,1). La Gauche a légèrement fléchi et descend à 8,6 pour cent (11). La SPD a pu légèrement amélioré son - faible - résultat avec 9,3 pour cent (8,4). Les verts grimpent à 8,9 pour cent (5,9). La FDP quitte le parlement avec 2,6 pour cent (5,9). Le BSW atteint 5,2 pour cent.
Il en ressort que dans le parlement de Saxe-Anhalt, l’AfD obtient 39 sièges (contre 23 en 2021), la CDU 15 (40). La Gauche décroche 8 mandats (12), la SPD également 8 (9) et les verts pour leur part 8 sièges (6). Le BSW rassemble 5 députés.
La participation aux élections a été de 77,8 pour cent (contre 60,3 en 2021) selon les résultats provisoires, la valeur la plus élevée en Saxe-Anhalt depuis la réunification. Environ 1,7 millions de personnes étaient autorisées à voter.
Des options de gouvernement compliquées
La coalition au pouvoir jusqu’à présent, composée de la CDU, du SPD et du FDP, prend donc fin. Le ministre-président Sven Schulze et son gouvernement restent toutefois en fonction pour assurer la gestion des affaires courantes jusqu’à l’élection d’un nouveau ministre-président.
La seule coalition qui aurait d’un point de vue purement mathématique une majorité sans l’AfD serait une alliance de tous les autres partis. La CDU refuse toutefois, conformément à une décision de son congrès fédéral, non seulement toute coalition ou forme comparable de coopération avec l’AfD, mais aussi avec la Gauche.
Cela constituerait également un point de blocage pour un gouvernement minoritaire dirigé par la CDU. Par ailleurs, la direction fédérale du BSW a exclu d’élire le candidat de la CDU, Schulze, au poste de ministre-président.
L’AfD veut gouverner et n’exclut pas de nouvelle élections
Le chef de file de l’AfD, Siegmund, a réagi au score de son parti en déclarant : « C’est bien évidemment un mandat pour gouverner. » Le dirigeant de 35 ans a toutefois déclaré qu’il ne voyait pour l’heure aucun partenaire avec lequel former une coalition. Si la formation d’un gouvernement ne devait pas aboutir,Siegmund envisage également la possibilité de nouvelles élections.
Que signifie un résultat important de l’AfD en Saxe-Anhalt pour l’Allemagne ?
Les élections régionales changent dans un premier temps uniquement les relations de pouvoir dans l’un des 16 Bundesländer. La Saxe-Anhalt, petit Bundesland est-allemand compte 2,1 millions d’habitants, à titre de comparaison, la Rhénanie du Nord-Westphalie en compte environ 18 millions. Même à titre de parti le plus représenté, l’AfD ne va pas automatiquement diriger le gouvernement régional : c’est le Landtag qui élit les ministres-présidents. Les Länder sont surtout responsables de l’éducation, de la culture et de la police ; les secteurs politiques pertinents pour l’ensemble de l’Allemagne, comme la politique étrangère et de défense, relèvent de la Fédération. Les gouvernements des Länder n’exercent aucune influence dessus.
Qui est l’AfD ?
Le parti « Alternative für Deutschland » (AfD) a été créé en 2013 pendant la crise de la zone euro. D’abord surtout euro-sceptique et libérale sur le plan économique, elle a ensuite recentré son action sur les thèmes de l’immigration et de l’identité nationale – et s’est nettement ancrée vers la droite. Depuis 2017, l’AfD est représentée au Bundestag. Lors des élections au Bundestag de 2025, elle a doublé son score, obtenant 20,8 pour cent des voix. Dans les sondages actuels au niveau national, elle se situe en moyenne à 27,9 pour cent (au 2 septembre 2026). Toutes les autres fractions du Bundestag – CDU/CSU, SPD, Grüne et Linke – se démarquent clairement de l’AfD et excluent toute coopération politique avec elle.
L’AfD relève-t-elle de l’extrême droite ?
Du point de vue juridique, il convient de faire une différence précise : le parti fédéral peut faire l’objet d’une surveillance de la part de l’Office fédéral de protection de la Constitution en cas de suspicions ; cette classification a force de loi. Conformément à une décision rendue en février 2026 par le tribunal administratif de Cologne, l’Office n’est pas autorisé, à titre provisoire, à qualifier l’ensemble du parti de « mouvement d’extrême droite avéré ». Il en va autrement en Saxe-Anhalt : là, les services de protection de la Constitution classent depuis octobre 2023 la section régionale de l’AfD comme un mouvement d’extrême droite avéré. L’AfD a porté plainte contre cette classification.
La possibilité d’engager une procédure visant à interdire l’AfD fait l’objet de débats en Allemagne depuis des années.
Pourquoi l’AfD est-elle particulièrement puissante à l’Est ?
Il n’existe pas d’explication simple. Le « Deutschland-Monitor 2025 » révèle toutefois une baisse de la confiance dans les institutions et un sentiment accru de discrimination, en particulier dans les régions de l’Est de l’Allemagne en difficulté structurelle. Parallèlement, il est important de souligner que 98 pour cent des personnes interrogées s’expriment en faveur de la démocratie comme forme d’État. À l’Est, toutefois, seuls 51 % des personnes interrogées se sont déclarées satisfaites de son fonctionnement effectif.
Quel rôle joue la situation économique ?
En 2025, l’économie de la Saxe-Anhalt a reculé de 0,2 % en termes réels, tandis que l’industrie manufacturière a enregistré une baisse de 1,8 % ; l’emploi a également diminué. Dans un sondage représentatif réalisé fin août 2026 par le « Forschungsgruppe Wahlen » (groupe de recherche sur les élections), 22 % des personnes interrogées ont cité la situation économique et 17 % le chômage comme étant les principaux enjeux du pays ; l’éducation et la scolarité ont également recueilli 17 % des réponses. La migration reste un sujet conflictuel, mais dans ce récent sondage, elle ne fait pas partie des trois problèmes les plus cités.
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