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L’artiste de graffiti Hera, devant un mur recouvert de ses œuvres
À travers son art, Hera raconte des histoires dans l’espace public. © StickUpStudio
Street art

La poétique des contrastes

Jasmin Siddiqui, alias Hera, compte parmi les artistes de street art les plus connues d’Allemagne. Ses murals semblent sortir tout droit de contes de fées – pourtant ils abordent des thèmes sociaux sérieux.

05.08.2026Kim BergKim Berg

Lorsque l’on se tient devant un mural de Jasmin Siddiqui – alias Hera –, il est rare d’y voir un portrait ordinaire. Les corps humains se fondent dans des silhouettes animales, des lignes délicates côtoient des surfaces rugueuses, des motifs issus de contes de fées font écho à des messages qui invitent à la réflexion. Certains personnages semblent avoir été esquissés à la hâte, d’autres sont presque photoréalistes. Ce sont précisément ces contrastes qui rendent les œuvres de Hera si singulières.

Née en 1981 à Francfort-sur-le-Main , cette graphiste travaille depuis 2001 sous son nom d’artiste « Hera ». Élevée entre influences allemandes et pakistanaises ainsi qu’entre traditions catholiques et musulmanes, Siddiqui a très tôt développé une sensibilité aux différentes perspectives.

Dans une interview accordée à Radio Primavera, elle a confié : « Enfant, j’étais très introvertie. » Elle a pu trouver dans le graffiti une forme d’expression lui permettant de transposer directement dans l’espace public son vécu et ses observations. « J’ai tout simplement trouvé logique d’utiliser les murs comme moyen d’expression », a-t-elle expliqué à la Hessischer Rundfunk. Aujourd’hui encore, elle allie les techniques classiques du dessin et de la peinture à l’esthétique du graffiti. Elle se perçoit moins comme une créatrice de grandes surfaces murales que comme une conteuse dans l’espace public.

J’ai tout simplement trouvé logique d’utiliser les murs comme moyen d’expression.
L’artiste de graffiti Hera

Siddiqui s’intéresse à ce que l’on tend souvent à ne pas voir ou à mettre au second plan. Dans ses murals, elle accorde une place centrale à des personnes, des lieux ou des histoires qui passent souvent inaperçus dans la vie quotidienne. Ainsi, elle confère une dignité nouvelle à ce qui est considéré comme non esthétique ou imparfait.

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Des murals pour le monde entier

C’est en 2004 que Siddiqui a connu un succès international avec son duo artistique Herakut qu’elle a fondé avec Falk Lehmann, alias Akut. Alors que Hera développait des personnages porteurs de récit et des lignes spontanées, Akut complétait les créations avec des éléments photoréalistes. Ensemble, ils ont réalisé des murals sur plusieurs continents, associant régulièrement leur art à des projets sociaux et humanitaires. Parmi les lieux où l’on peut admirer les œuvres du duo, citons notamment São Paulo, Miami, Berlin, Kampala et Washington D.C.

L’art de Siddiqui a depuis longtemps trouvé sa place dans les musées. Ses créations ont notamment été exposées au Rogaland Kunstmuseum de Stavanger, au Pera Museum d’Istanbul, à Urban Nation à Berlin, au Straat Museum d’Amsterdam et au Moca Museum de Copenhague.

Du street art engagé

Pour le service d’assistance téléphonique « Violences faites aux femmes », Siddiqui a réalisé en 2025 une fresque de plus de 17 mètres de haut sur une façade du Teufelsberg, à Berlin. Ce mural symbolise le courage, la solidarité et le pouvoir d’agir. Parallèlement, il attire l’attention sur les violences fondées sur le genre et renvoie vers l’offre anonyme et gratuite du service de conseil.

Le mural du Teufelsberg s’inscrit dans une longue série d’œuvres à travers lesquelles Hera transforme les façades d’immeubles en univers d’images grand format.