« Un sentiment européen » – un billet Interrail pour tous les jeunes

Voyager gratuitement en train dans toute l’Europe et éveiller l’enthousiasme pour l’idée européenne, c’est ce que deux Berlinois veulent obtenir pour tous les jeunes Européens.

privat - Martin Speer, Vincent-Immanuel Herr

Tout a commencé avec un long voyage en train et nombre de rencontres avec des jeunes Européens frustrés. Lorsque les deux Berlinois Martin Speer et Vincent-Immanuel Herr parcoururent les pays européens en 2014, ils voulaient savoir ce que les jeunes souhaitent en Europe, ce qu’ils craignent, les perspectives qu’ils pensent avoir. Ils les interviewèrent dans 14 pays et constatèrent que nombre de jeunes Européens ont le sentiment qu’on ne les écoute pas. Ils étaient nombreux à se plaindre de ne pas avoir d’influence sur les décisions politiques. « Nous avons aussi remarqué que l’idée européenne est souvent terriblement abstraite chez les jeunes », explique Martin Speer. Chez lui et son compagnon de route Vincent-Immanuel Herr, par contre, l’enthousiasme pour l’Europe augmenta avec chaque rencontre, avec chaque pays. Ce voyage en train fut pour eux une révélation. « Avant le voyage, l’Europe n’était pour nous que théorie ; après, c’était un sentiment », dit Speer.

Changer l’Europe de manière positive sur le long terme

Avec leur nouvel enthousiasme et leur connaissance des craintes des jeunes, ils rencontrèrent l’écrivain autrichien Robert Menasse à Vienne. Dînant ensemble d’une escalope panée, ils lui racontèrent leur expérience et il leur vint une idée : pourquoi chaque jeune Européen ne recevrait-il pas un billet Interrail gratuit pour son 18e anniversaire, pouvant ainsi découvrir eux-mêmes l’Europe et les habitants des autres pays ? Interrail est un billet de train permettant de faire autant de trajets que l’on veut en Europe pendant une période déterminée. C’est ainsi que naquit l’idée de #FreeInterrail. « Elle offre l’opportunité de renforcer une identité européenne commune au sein d’une génération, dit Speer. Le projet ne représente pas une solution rapide pour des problèmes à court terme. Mais il peut changer l’Europe de manière positive sur le long terme. »

Actuellement, quelque 300.000 Européens découvrent chaque année la Scandinavie ou l’espace méditerranéen, les Balkans ou les pays de la Baltique avec un billet Interrail. Quelque 5,5 millions de jeunes de 18 ans vivent en ce moment dans l’Union européenne. Ce chiffre est de taille, et le challenge associé à l’idée de #FreeInterrail l’est aussi. Car si tous les Européens de cet âge devaient recevoir un billet, les coûts s’élèveraient jusqu’à 1,8 milliard d’euros par ans selon des estimations.

« Développer une compréhension de l’autre »

Pour Martin Speer, cette somme serait un bon investissement. « L’idée européenne menace actuellement de disparaître parce que les citoyens n’y croient plus, que le nationalisme se renforce et que l’on souligne surtout ce qui nous sépare », affirme ce trentenaire. Les habitants de l’Europe doivent donc développer à nouveau une compréhension mutuelle et constater qu’ils ont nombre de points communs. « FreeInterrail peut y contribuer. »

Les deux activistes Herr et Speer ont depuis ocquis un large soutien : de la part de parents enthousiastes, d’organisations pour la jeunesse comme les Jeunes Européens fédéralistes et jusqu’à la ministre suédoise des Affaires étrangères, Margot Wallström. Au Parlement européen, les groupes parlementaires ont salué cette idée, quel que soit leur parti. Même la Commission européenne soutient #FreeInterrail. « L’idée plaît à la Commission », déclare la commissaire européenne chargée des transports, Violeta Bulc.

« Ouverts aux idées nouvelles »

Martin Speer et Vincent-Immanuel Herr ont connu leur premier succès : la Commission européenne veut lancer un projet-pilote pour un billet Interrail gratuit. Des fonds sont déjà prévus à cet effet dans le budget européen 2017. Mais on ne sait pas encore comment le projet sera réalisé. En tout cas, tous doivent en profiter à long terme, souligne Martin Speer. « Il doit être universel, il ne doit pas devenir un programme réservé aux élites », affirme ce Berlinois.

Ce trentenaire espère que #FreeInterrail aura aussi un impact dépassant le cadre du projet lui-même. Nombre de citoyens considèrent actuellement que les institutions sont fermées aux citoyens. « Notre projet peut montrer que les Parlements et les institutions sont ouverts aux idées nouvelles », estime Speer. Leur engagement montre d’ailleurs que chaque citoyen peut faire avancer les choses dans l‘UE.

Avec leur idée, les deux activistes pourraient finalement contribuer à ce qu’un plus grand nombre de gens s’identifient à nouveau à l’UE. En effet, l’ancien président de la Commission européenne Jacques Delors le savait déjà : « Personne ne tombe amoureux d’un marché intérieur. »

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