100 idées pour la paix

Ne pas oublier les guerres pour préserver la paix – 100 ans après la Première Guerre mondiale, les jeunes inventent une culture du souvenir vivante.

La journaliste Afua Hirsch : interroger les narratifs nationaux.
La journaliste Afua Hirsch : interroger les narratifs nationaux. Jennifer von Sanchez / vonZynski.com

La jeune Française Léa vit avec sa famille dans un petit village près de Verdun, à un kilomètre du champ de bataille de la Première Guerre mondiale. Bien qu’elle vive en temps de paix, la guerre est pour elle toujours présente, inscrite dans le paysage déchiré du théâtre historique des combats. L’Ukrainienne Taras ne connaissait la guerre que dans les livres – elle la vit actuellement, bien réelle, à sa porte. Pour la jeune Russe Dasha, la guerre est un noir qui absorbe tout, comme le noir dans le célèbre tableau « Carré noir » du peintre Casimir Malévitch.

La jeune génération garde le souvenir vivant

Avec les histoires de Léa, Taras et Dasha dans une installation vidéo servant d’introduction, le projet « Youth for Peace – cent ans depuis la fin de la Première Guerre mondiale, cent idées pour la paix » a démarré le 14 novembre à Berlin. L’Office franco-allemand pour la jeunesse (OFAJ) avait invité 500 jeunes de 15 à 22 ans venant de 48 pays pour élaborer des idées sur la culture du souvenir et le travail pour la paix au cours d’un atelier.

Près de 800 jeunes étaient rassemblés dans les Bolle Festsäle à Moabit car les participants à l’événement EUSTORY de la Fondation Körber, qui se déroulait en parallèle, étaient venus les rejoindre. EUSTORY est un réseau composé de plus de 20 concours nationaux de lycéens sur l’histoire en Europe. Une fois par an, les lauréats, âgés de 16 à 25 ans, sont invités à Berlin.

 

Une approche sans œillères de son histoire est une condition indispensable à une démocratie qui fonctionne bien.

Thomas Paulsen, membre du directoire de la Fondation Körber

« Comment pouvons-nous préserver la paix en Europe ?

« Comment pouvons-nous préserver la paix en et autour de l’Europe et comment peut-on l’instaurer là où elle ne règne plus ? » C’est ainsi qu’Andreas Michaelis, secrétaire d’Etat au ministère allemand des Affaires étrangères, formulait les deux grandes questions du projet dans son discours inaugural. Il appelait les jeunes à saisir l’opportunité d’échanger et à percevoir combien la culture du souvenir diverge toujours. « 1918 est une date qui signifie quelque chose de différent pour chacun de nous dans cette salle. » Pour Béatrice Angrand, la secrétaire générale de l’Office franco-allemand pour la jeunesse, c’est la multiplicité des perspectives qui distingue le programme « Youth for Peace » et le rend si précieux face aux défis actuels auxquels l’Europe est confrontée.

Se souvenir ne suffit pas, soulignait Thomas Paulsen, membre du directoire de la Fondation Körber. Le regard rétrospectif doit toujours s’accompagner d’un regard constructif sur l’avenir. Une sensibilité pour les narratifs historiques est en outre précieuse car ils permettent de comprendre le degré d’ouverture et de libéralité d’une société. « Une approche sans œillères de son histoire est une condition indispensable à une démocratie qui fonctionne bien. » Daniela Schily, la secrétaire générale de l’association Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge, ajoutait : « Le souvenir est un instrument permettant de façonner l‘avenir. » L’association est un partenaire soutenant « Youth for Peace ».

Une culture commune du souvenir est difficile

La puissance des narratifs historiques, comment ils apparaissent et comment les aborder au mieux, était le sujet de la table ronde que la journaliste britannique Afua Hirsch abordait en introduction : « Nous devrions être toujours conscients que les narratifs sont des constructions, notamment ceux portant sur l’identité des nations. » La tâche de la société est de les interroger.

Un commentaire de l’ex-Premier ministre français Jean-Marc Ayrault invitait à espérer. Il rappelait la réconciliation de ces deux anciens ennemis héréditaires qu’étaient la France et l’Allemagne comme exemple d’une évolution positive malgré toutes les différences historiques. Selon l’historien Sönke Neitzel, de l‘université de Potsdam, il ne faut pas impérativement surmonter ces différences. « Même si on ne parvient pas à établir une culture du souvenir européenne commune, on gagnerait déjà beaucoup à s’imaginer dans d’autres narratifs. »

Les participants à « Youth for Peace » en ont l’occasion. On verra un choix de leurs présentations lors de la manifestation finale le 18 novembre – en présence du président fédéral allemand Frank-Walter Steinmeier et du président français Emmanuel Macron.

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