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Des personnes en uniforme sont regroupées autour d’une camionnette.
Ce n’est qu’un exercice, mais il se veut particulièrement réaliste : à un poste de contrôle, l’équipe des Nations unies doit descendre des véhicules. © UNHCR

Être bien préparé pour la zone de crise

Une communauté villageoise peu accueillante, des mitraillettes au poste de contrôle : sur un terrain d’entraînement près de Stuttgart, l’équipe des Nations unies apprend à gérer des situations délicates.

15.10.2026AuteureMiriam Hoffmeyer

Dans une prairie encore couverte de rosée, une petite troupe s’est rassemblée sous les premiers rayons du soleil : le doyen du village, deux marchands, des femmes vêtues de longues robes. Tous se disputent, car la situation est catastrophique : même pour les habitants de longue date et les personnes déplacées internes – vivant dans la région depuis des années –, l’eau et la nourriture ne suffisent pas. Une guerre civile vient d’éclater dans le pays voisin et des centaines de réfugiés franchissent désormais la frontière. Lorsqu’une équipe des Nations unies s’approche du groupe, ses membres se montrent méfiants : « Who are you? You are not welcome » (Qui êtes-vous ? Vous n’êtes pas les bienvenus).

Le lieu de cette rencontre, organisée en octobre 2026, n’est pas une région en crise, mais Neuhausen auf den Fildern, une petite localité située au sud de Stuttgart. Au sein du « Programme de partenariat pour la gestion des urgences » (EMPP), quatre organisations des Nations Unies préparent, pour la première fois de manière conjointe, 40 collaboratrices et collaborateurs à des missions d’aide humanitaire d’urgence. Ce programme se concentre sur des simulations très réalistes. Cet atelier de sept jours vise à former au mieux les participants pour qu’ils puissent apporter leur aide dès les premiers jours et les premières semaines d’une crise. 

Le THW, hôte et partenaire

L’hôte et partenaire est le Technisches Hilfswerk (THW), une organisation de protection civile et de gestion des catastrophes de la République fédérale d’Allemagne, qui fournit une aide technique d’urgence en Allemagne et à l’étranger ; il repose avant tout sur du bénévolat. 

Quatre femmes se sont rassemblées dans une prairie
Michèle Nyamokami (à droite), collaboratrice de l’OIM, prend à part quelques femmes du village fictif. © UNHCR

L’assemblée villageoise simulée dans la prairie rassemble, elle aussi, des citoyennes et citoyens engagés, originaires de Neuhausen et des environs. Faisant preuve d’une persévérance empreinte de respect, l’équipe des Nations unies parvient à entrer en contact avec ce groupe, peu enclin au dialogue. Michèle Nyamokami se retire avec les femmes un peu à l’écart afin de cerner leurs préoccupations les plus urgentes. L’une d’entre elles décrit à quel point le long trajet jusqu’au prochain point d’eau en service est dangereux, surtout pour les femmes, et implore qu’on s’engage à résoudre ce problème. « Nous ne vous laisserons pas tomber », répond Michèle Nyamokami en notant le numéro de portable de la femme.

Il est très important de parler directement aux personnes se trouvant en situation de détresse.
Michèle Nyamokami travaille pour l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) en Afrique de l’Ouest

« Il est très important de parler directement aux personnes se trouvant en situation de détresse. Ce sont elles qui savent le mieux ce dont elles ont besoin », explique Michèle Nyamokami. Cette collaboratrice de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) travaille dans le cadre d’un programme de maintien de la paix en Afrique de l’Ouest. Pendant la simulation, elle a d’ailleurs tout de suite eu quelques idées en tête : « On pourrait former des jeunes à assurer eux-mêmes la maintenance et les réparations du point d’eau du village. »

Avant que l’EMPP ne voie le jour, l’OIM – tout comme l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) et le Programme alimentaire mondial (PAM) – formait elle-même son personnel à ce type de missions. « Il est très judicieux d’organiser de manière conjointe cette formation, car, sur le terrain, ces organisations travaillent ensemble », explique Jeff Wilkinson, responsable de la consolidation des capacités en matière d’aide d’urgence au UNHCR. « Par ailleurs, les différents domaines d’expertise de ces organisations rendent les échanges très enrichissants, non seulement entre les personnes qui y participent, mais aussi entre celles qui dispensent la formation. » 

Une femme s’entraîne aux premiers secours
Cet atelier comprend également des entraînements aux premiers secours. © UNHCR
Aujourd’hui, le soutien allemand est plus important que jamais.
Jeff Wilkinson, responsable de la consolidation des capacités en matière d’aide d’urgence au UNHCR

Cet atelier contribue également au programme de réforme UN80 lancé en 2025, qui vise principalement à mieux exploiter les synergies face aux difficultés financières des Nations unies. L’Allemagne est l’un des principaux pays donateurs de l’ONU. Wilkinson confie que « aujourd’hui, ce soutien est plus important que jamais ». Aussi, il se dit très reconnaissant envers le THW pour son engagement. Le THW ne se charge pas seulement de l’organisation et du financement des repas, des véhicules et de l’installation du camp (dans lequel les participants dorment sous des tentes) ; il s’occupe aussi de l’administration, des questions de visas ainsi que des démarches auprès des autorités allemandes.

Une femme au volant d’une voiture
Pendant la simulation au poste de contrôle, Evie Prastakou, collaboratrice du UNHCR, conduit un fourgon des Nations unies. © UNHCR

Une autre simulation montre pourquoi ces mesures sont nécessaires : un terrain public d’entraînement à la circulation routière se transforme en poste de contrôle militaire du pays en crise fictif, « Telan ». Cinq secouristes du THW au regard sombre, vêtus d’uniformes de camouflage et leur chef en manteau d’officier ont pris position au poste de contrôle ; ils portent de véritables mitraillettes et pistolets. Lorsque l’équipe des Nations unies à bord de deux véhicules arrive, l’un des secouristes ordonne d’un ton sec : « Get out ! Everyone in a line ! » (Sortez ! Tout le monde en rang). Quelque peu nerveux, les dix femmes et hommes s’alignent les uns à côté des autres. Pendant que les véhicules sont fouillés, Evie Prastakou, la conductrice de la camionnette, demande très poliment si elle peut être présente. Elle obtient l’autorisation et ouvre elle-même tous les sacs et sacs à dos pour les faire inspecter. 

La situation au poste de contrôle a semblé très réaliste.
Evie Prastakou, chargée des relations avec les donateurs au UNHCR

« La situation au poste de contrôle a semblé très réaliste », explique Prastakou, qui est chargée des relations avec les donateurs au UNHCR. « Nous apprenons qu’il est essentiel de garder son sang-froid : il faut d’abord observer et s’orienter, puis décider et agir. Lorsqu’on l’a mis en pratique dans une situation de ce type, cela reste bien mieux gravé dans la mémoire. » Prastakou a également déjà travaillé pour le UNHCR dans un camp de réfugiés en Grèce. « Là-bas, j’ai vu énormément de détresse. C’est ce qui me motive à faire tout mon possible pour aider », explique-t-elle.

Deux hommes sont assis face à face
Au poste de contrôle, l’équipe des Nations unies doit répondre aux questions des agents en uniforme. © UNHCR

Toute personne figurant sur le tableau de service de l’équipe d’aide d’urgence du UNHCR doit s’attendre à tout moment à être envoyée – dans les 72 heures – dans une zone de crise, n’importe où dans le monde, et pour y rester trois mois. Cela ne décourage pas Evie Prastakou : « En tant que membre de l’équipe d’aide d’urgence, je travaille là où l’on a le plus besoin de moi. »