Se comprendre en Europe

Textes, documents, sites web : les chercheurs du DFKI ont développé une outil de traduction en ligne pour la présidence allemande du Conseil de l’Union européenne. 

l’EU Council Presidency Translator traduit en 24 langues.
l’EU Council Presidency Translator traduit en 24 langues. Adobe Stock/nito

Ce sont des aides précieuses pour les sujets complexes dans une langue étrangère ou, plus simplement, pour mieux se comprendre : les services de traduction en ligne simplifient la vie quotidienne. Le Centre allemand de recherche sur l’intelligence artificielle (DFKI) a élaboré un nouvel outil de traduction avec des partenaires. L’EU Council Presidency Translator a été créé pour la présidence allemande du Conseil de l’Union européenne. Il traduit le textes, les documents et les sites web dans les 24 langues de l’Union européenne (UE). Les professeurs Joseph van Genabith et Stephan Busemann dirigent le projet au DFKI. Dans cette interview, ils décrivent comment l’outil fonctionne – et pourquoi il survient parfois des méprises amusantes.

Les professeurs du DFKI Josef van Genabith (à gauche) et Stephan Busemann.
Les professeurs du DFKI Josef van Genabith (à gauche) et Stephan Busemann. DFKI

Professeur Busemann, Professeur van Genabith, quelle est la particularité de l’EU Council Presidency Translator ?

Josef van Genabith : La machine de traduction utilise quatre services de traduction numériques différents : DeepL, Tilde, eTranslate et les système DFKI. Chacun de ces services a des atouts. Outre des mots et des phrases, les utilisateurs peuvent aussi télécharger des documents au format Word ou Powerpoint et les faire traduire dans le même format. L’outil traduit aussi n’importe quel site web dans l’une des 24 langues officielles de l’UE – avec le visuel du site traduit.

Stephan Busemann : Avec ce projet, nous démontrons que nos systèmes sont extrêmement actuels. Cela montre que l’Allemagne et l’Europe comptent parmi les Etats leaders de l’intelligence artificielle dans le monde. Nos technologies ont été développées en Europe et les serveurs s’y trouvent. C’est un gros avantage en matière de sécurité.

 L’Allemagne et l’Europe comptent parmi les Etats leaders de l’intelligence artificielle dans le monde. 

Stephan Busemann, DFKI

Qui utilise l’EU Council Presidency Translator ?

Josef van Genabith : Chacun peut faire traduire n’importe quelle phrase d’une langue officielle dans l’une des 23 autres langues européennes. Comparé à d’autres fournisseurs, certains systèmes de l’outil de traduction sont en outre spécialisés sur tous les sujets touchant à l’Union européenne et à la présidence allemande du Conseil de l’Union européenne. Les services de traduction des ministères utilisent notre outil pour leur travail quotidien. Notamment les systèmes DFKI et Tilde sont conçus à leur intention. Il y va par exemple de traduire de la même manière certains mots et formules. L’outil fournit une ébauche de traduction que le traducteur humain améliore.

Comment enseignez-vous cela au Council Presidency Translator ?

Josef van Genabith : C’est un processus permanent. Notre service de traduction est sans cesse alimenté avec des données. Plus il dispose de mots et de formules correctement traduits, et plus sa traduction sera bonne. On peut établir une comparaison avec les sportifs : plus ils s’entrainent, et plus ils réussissent. Notre service de traduction apprend de chaque erreur qu’il fait.

Quand cet outil touche-t-il à ses limites ?

Stephan Busemann : Des résultats amusants peuvent apparaître quand le nom du chancelier autrichien Sebastian Kurz (« kurz » signifiant « court ») se trouve dans un texte. Si son nom de famille vient au début d’une phrase allemande, l’outil le traduit souvent comme un adjectif. Mais les technologies se développent en permanence et nous sommes confiants que des erreurs comme celle-ci n’apparaitront bientôt plus.  

Josef van Genabith : Les systèmes ont encore de la difficulté avec les connexions textuelles entre deux ou plusieurs phrases car ils traduisent actuellement chaque phrase individuellement. Dans nos laboratoires, nous travaillons déjà avec des systèmes qui reconnaissent ces connexions. Un autre point : les machines de traduction conçues pour certains besoins ont une faiblesse, leurs traductions ne conviennent guère à d’autres sujets.  Nous voulons améliorer ce point.

Les traducteurs humains doivent-ils craindre de perdre leur travail ?

Josef van Genabith : Non, on ne le pense pas. Si nous excluions les traducteurs humains, nous serions dépendants des résultats des machines de traduction. Personne ne le souhaite. Mais la formation et le mode de travail évolueront. Demain, les traducteurs travailleront plus avec les technologies numériques. La formation doit être étendue à ces composantes. L’intérêt est présent et l’engagement des traducteurs est énorme pour collecter les données et tester et évaluer les systèmes. Nous constatons que les traducteurs humains sont très ouverts aux nouvelles technologies et collaborent avec leurs collègues dans les ministères pur développer le Presidency Translator.