Le projet d’Oliver Kirui

Comment un ingénieur agronome kenyan, de l’université de Bonn, aide les populations africaines avec leurs propres moyens – et protège le climat.

Oliver Kirui, ingénieur agronome kenyan, de l’université de Bonn
Oliver Kirui, ingénieur agronome kenyan, de l’université de Bonn Volker Lannert/Uni Bonn

Oliver Kirui a parcouru pendant plus de cinq mois le Kenya, le Malawi, la Tanzanie et l’Ethiopie pour sa thèse de doctorat. Il a parlé avec des paysans, des maires et les anciens des villages, posant sans cesse la même question : comment ont évolué vos terres et leur exploitation ces dernières décennies ? Les villageois ont dessiné des cartes, disant souvent : il y avait naguère la forêt là où se dressent aujourd’hui nos maisons.

Oliver Kirui, 34 ans, est ingénieur agronome au Centre de recherches sur le développement (ZEF) à l’université de Bonn où travaillent des chercheurs du monde entier. Oliver Kirui est né et a grandi sur les hauts plateaux kenyans. Sa famille cultive des légumes et du thé, élève des poules et quelques vaches. « J’ai grandi dans une société rurale », dit-il. La plupart des petits paysans vivaient dans une situation précaire.

Oliver Kirui voulait les aider et se demandait comment pratiquer une agriculture à la fois profitable et durable afin que chacun ait assez de nourriture et que la fertilité des sols soit préservée. L’idée qui préside à la réflexion d’Oliver Kirui est la suivante : « Nous n’avons pas hérité la terre de nos parents mais l’avons empruntée à nos arrières-arrières-petits-fils ».

M. Kirui a fait des études d’agronomie à Nairobi et à Pretoria, en Afrique du Sud. Lors d’une conférence au Brésil en 2012, il fera la connaissance d’un professeur à Bonn qui deviendra son directeur de thèse quelques mois plus tard.

Que pouvons-nous faire pour retrouver notre belle nature ? 

Une vieille villageoise en Tanzanie

Dans sa thèse, Oliver Kirui étudie la dégradation des sols et son impact sur les habitants. « Il y a un lien fort entre les mauvais sols et la pauvreté », dit-il. Sur les plus de 2000 interviews qu’il a réalisées, une rencontre a particulièrement marqué son esprit. Il se trouvait un jour au milieu de villageois en Tanzanie : les récoltes diminuent sans cesse, se plaignaient-ils. Une vieille femme lui dit : « La belle époque est finie, que pouvons-nous faire pour retrouver notre belle nature ? »

Ce sont des moments où le chercheur Kirui se sent impuissant. Revenir en arrière ? Il ne le peut pas. Mais Oliver Kirui voit une lumière à l’horizon même quand les perspectives sont sombres. Les paysans africains sont une communauté puissante et résistante. Au lieu d’attendre une aide extérieure, ils sont nombreux à développer des idées nouvelles pour contrer l’impact négatif de l’érosion des sols et du changement climatique. Après l’obtention de son doctorat en 2016, Oliver Kirui a lancé un projet pour mettre en lumière les idées des paysans africains.

Kirui a lancé son projet après son doctorat

Des spots à la radio appelèrent les paysannes et les paysans, jeunes et vieux, à communiquer leurs inventions. Des questionnaires détaillés furent distribués dans six pays africains. A la fin, on recueillit 780 candidatures dont Kirui considère environ la moitié comme de « véritables innovations ». Un lauréat kenyan, par exemple, a imaginé une ruche que l’on peut ouvrir sans déranger les abeilles ni abîmer les alvéoles.

La lauréate du Malawi a trouvé presque par hasard un moyen contre la maladie qui affecte les yeux des chèvres et des moutons pendant les canicules. Les mouches infectent les yeux avec un agent pathogène qui rend les animaux aveugles. La paysanne a étalé une pommade à base de feuilles de tomate sur les yeux atteints et les animaux ont recouvré la vue. Un institut de recherche malawite tente maintenant de trouver la substance active responsable de cet effet curatif.

Une paysanne observatrice en Zambie a même fait de son invention un produit commercial, raconte Oliver Kirui. Elle a constaté que les cochons sauvages restaient gras et sains pendant les sècheresses alors que ses cochons domestiques maigrissaient. Elle a donc mêlé à la nourriture de ses bêtes une plante que mangeaient les cochons sauvages. Ses cochons furent bientôt plus gros et plus sains que ceux des voisins.

Le millet : la plante d’hier est la plante de demain
Le millet : la plante d’hier est la plante de demain dpa

Alors que d’autres o rganisations organisent maintenant des concours similaires dans d’autres pays africains, Oliver Kirui travaille sur son prochain projet. Avec un système de formation inspiré du modèle allemand, il veut intéresser les jeunes Africains à l’agriculture. De la technologie et des machines au lieu de la seule force physique, surveiller les champs avec des drones, par exemple. « Mon objectif, c’est de rendre l’agriculture sexy », dit Oliver Kirui en riant.

La numérisation est un pas vers demain. Un autre pas est en même temps un pas en arrière. « Le millet est la plante d’avenir en Afrique », dit Oliver Kirui. Le millet et le sorgho ont presque été oubliés, comme d’autres cultures locales. Or elles sont plus résistantes à la sècheresse, plus saines et ménagent plus le climat que le maïs, par exemple. Dans son pays, les médecins recommandent aux diabétiques et aux patients souffrant d’hypertension de manger plus de millet, dit Kirui.

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