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« La communauté mondiale est à la croisée des chemins »

La représentante permanente  de l’Allemagne aux Nations unies, Antje Leendertse, parle des grandes tâches qui attendent l’ONU.

Arnd Festerling, Carsten Hauptmeier, 13.09.2022
L’ambassadrice Antje Leendertse
L’ambassadrice Antje Leendertse © picture alliance/dpa

L'ambassadrice Antje Leendertse est depuis septembre 2021 la représentante permanente de l'Allemagne auprès des Nations unies à New York. Elle décrit les grands défis que connaît l'ONU et les étapes des réformes nécessaires.

Mme l’ambassadrice Leendertse, à quels sujets l’Allemagne accorde-t-elle une importance particulière aux Nations unies, lesquels veut-elle faire avancer ?
L’Allemagne reste un pilier des Nations unies. C’est notre volonté et notre boussole. Il est indispensable que l’ONU soit capable d’agir et de trouver des solutions à tous les grands défis. Malheureusement, la communauté internationale se trouve actuellement à la croisée des chemins : il y a la guerre d’agression russe contre l’Ukraine qui viole de manière éclatante l’interdiction de la violence de la Charte des Nations unies ; malgré les progrès, la pandémie de la Covid-19 reste une menace pour la santé globale ; et les sombres nuages de la crise climatique planent sur le tout. La disparition des fondements de la vie qui menace, la guerre et les maladies ne sont pas des problèmes abstraits ; des millions et même des milliards de gens en souffrent très concrètement dans les régions les plus pauvres au monde. Les aliments ainsi que l’énergie y deviennent des produits de luxe, les crises alimentaires sont d’ores et déjà une terrible réalité. Nous n’avons pas à rechercher les sujets urgents, ils s’imposent d’eux-mêmes.

Quel avenir a la volonté multilatéraliste de l’Allemagne dans un monde toujours plus divisé ?
Je ne veux pas défendre l’idée d’une « nouvelle division » car la grande majorité des problèmes que je viens d’évoquer concerne toute l’humanité dans son ensemble. Le fait que, dans cette situation, la Russie raréfie les ressources avec une guerre néo-impérialiste, fait de la propagande et cherche la polarisation n’en est que plus amer. Mais regardez l’Assemblée générale de l’ONU qui a condamné ceci à une claire majorité des deux-tiers. Préserver cette unité  est une tâche essentielle. Lorsque quelques rares puissances ébranlent les principes de la Charte de l’ONU et l’ordre basé sur des règles dans leurs fondements, l’organisation mondiale a plus que jamais besoin de notre entier soutien. Et nous avons besoin des Nations unies.

Des réformes sont-elles nécessaires ?
Ce système est naturellement loin d’être parfait, il est toujours en évolution. Les dysfonctionnements du Conseil de sécurité sont les plus évidentes ; avec sa composition et son blocage par droit de véto sur des questions essentielles, il ne reflète qu’imparfaitement les réalités du monde d’aujourd’hui. Que ce soit dans le cadre de l’Union européenne ou avec le Japon, l’Inde et le Brésil, l’Allemagne plaide en faveur d’une modernisation avec de nombreux partenaires. Cela ne peut se faire du jour au lendemain, nous devons faire de nombreux pas dans la bonne direction en misant sur le long terme.

Y a-t-il des sujets importants mis sur la touche par l’évolution actuelle ? Comment l’Allemagne peut-elle contrecarrer cette évolution ?
On entend clairement le message : ne limitez pas votre regard au seul théâtre de guerre en Europe. Nous prenons très au sérieux cette crainte de nos partenaires du Sud global. L’aune mesurant notre crédibilité est, entre autres, notre volonté de participer aux coûts de l’adaptation au changement climatique dans le monde ainsi que l’entretien de partenariats énergétiques durables, notre engagement pour la santé et une vaccination équitable, l’aide humanitaire d’urgence et une active prévention des crises. Enfin, je suis convaincue qu’une défense conséquente des droits humains aiguise chaque jour notre regard pour les crises occultées.

Vous êtes la première femme à représenter l’Allemagne auprès des Nations unies à New York. Est-ce un signe ?
Le fait que vous posiez cette question est peut-être le signe que nous avons encore du chemin à faire en matière d’égalité et de justice entre les sexes. Je suis en tout cas heureuse de voir combien de femmes puissantes représentent leur pays au Nations unies. Et combien de nombreux collègues hommes se déclarent féministes sans réserve. Et le fait que les gouvernement fédéral allemand pratique expressément une politique étrangère féministe fait de nous une force progressive très recherchée, à New York aussi.   

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