Des données plutôt que de l’intuition
Ba Linh Le a développé « Lizzy », un outil basé sur l’IA destiné à améliorer la sécurité des victimes de violences domestiques en Allemagne.
Une dispute qui dégénère avec le partenaire. « Ce n’est qu’un petit dérapage », se dit la personne concernée. Mais le sentiment désagréable persiste – tout comme le besoin d’en parler à quelqu’un. Au centre de consultation, une classification de la situation, alarmante, est établie grâce à l’intelligence artificielle (IA) : risque élevé. Fini les beaux discours, place à la clarté – et à une base de départ pour aider les victimes de violences domestiques.
La spécialiste en science des données Ba Linh Le travaille avec des chiffres qui déterminent le niveau de sécurité dans lequel se trouve la personne : avec son équipe, elle a développé l’outil basé sur l’IA « Lizzy » afin d’effectuer des analyses de risques. Cette femme de 29 ans est cofondatrice de Frontline, une start-up qui propose des outils numériques visant à lutter contre les violences domestiques.
L’analyse des risques est imposée par la loi
Toutes les heures, 15 femmes sont victimes de violences conjugales, en moyenne, en Allemagne. Selon l’Office fédéral de la police, près de 266 000 personnes ont été victimes en 2024 de violences domestiques (dans leur environnement privé et familial) : un chiffre record pour la troisième année consécutive.
Le informe : « Lorsque les personnes concernées recherchent de l’aide, que ce soit auprès d’un centre de consultation, d’un foyer pour femmes ou de la police, une analyse des risques doit être effectuée. » Cela est stipulé dans la Convention d’Istanbul et dans la directive européenne sur la protection contre la violence. Elle ajoute qu’aucune méthode uniforme n’a cependant été définie, en précisant : « D’après mes estimations, cela se fait encore malheureusement souvent selon l’intuition, et moins selon la base des données disponible. »
« Lizzy » fournit des questions que les spécialistes abordent lors des entretiens de conseil, tout comme : « Votre partenaire vous étrangle-t-il ? » ou « Votre partenaire a-t-il accès à votre compte bancaire ? ». Le explique que « le risque pour la personne concernée est calculé sur la base des réponses ». Pour cela, Le et son équipe ont alimenté l’IA avec des données issues de leur propre étude réalisée auprès de plus de 7 000 personnes interrogées. D’après Le, comparé à d’autres méthodes, « Lizzy » s’appuie sur une approche globale des différentes formes de violence et permet d’atteindre un taux de réussite de 80 pour cent dans la prévision des violences futures. Plusieurs centres de consultation appliquent déjà ce modèle.
À 17 ans déjà, je savais que je voulais apporter ma contribution dans ce domaine, faire bouger les choses.
Le a développé l’idée de « Lizzy » avec son cofondateur Babatunde Williams, alors qu’elle était encore en master ; en 2023, Frontline voyait le jour. En 2025, elle a figuré dans la liste Forbes « 30 Under 30 ».
Le raconte qu’elle a elle-même été victime de violences domestiques. « À 17 ans déjà, je savais que je voulais apporter ma contribution dans ce domaine, faire bouger les choses. » Avec « Lizzy », elle souhaite standardiser le processus d’analyse des risques pour le rendre plus efficace. « L’Allemagne ne joue pas encore un rôle de pionnier dans la lutte contre les violences domestiques », dit-elle. « Mais je vois là un potentiel. »