« Ce pays me va bien »

Pourquoi des Allemands étudient-ils ou font-ils de la recherche en France – et vice-versa ? Trois étudiantes expliquent ce qui les attire dans le pays voisin à l’occasion de la Journée franco-allemande.

Eve-Gaëlle fait des études – bilingues – de professorat.
Eve-Gaëlle fait des études – bilingues – de professorat.

L’Allemagne et la France sont des pays liés d’amitié mais aussi d’étroits partenaires dans tous les domaines, cela vaut pour la société civile, la politique et également pour la défense. Cela n’a pas toujours été le cas, ces voisins ont été ennemis pendant des générations. Après la Seconde Guerre mondiale, Konrad Adenauer et Charles de Gaulle ont posé la première pierre de l’amitié franco-allemande le 22 janvier 1963 en signant le Traité de l’Élysée.

L’Europe unifiée se fonde sur une coopération franco-allemande stable qui est devenue une véritable amitié – au-delà de la politique aussi. L’Université franco-allemande (DFH), fondée en 1997 par les deux pays pour créer, évaluer et financer des cursus franco-allemands, en est un bon exemple.

Aujourd’hui, ces programmes existent dans 194 universités et écoles supérieures, 6.400 étudiants et 350 doctorants y participent actuellement. Trois d’entre eux nous racontent ce que l’autre pays signifie pour eux à l’occasion de la Journée franco-allemande.

Eva Feig, 43 ans, passe un double doctorat franco-allemand

« L’amitié franco-allemande est incroyablement importante ; c’est pourquoi on ne peut pas se reposer sur nos lauriers, il faut y travailler. Je constate que la génération d’après-guerre, notamment, a souvent des rapports prudents avec le voisin, veillant à ne pas diffuser de stéréotypes. Je vois souvent un désintérêt de la part des élèves et des jeunes adultes, avec de vieux préjugés et, aussi, une certaine arrogance des deux côtés. C’est pourquoi il faut promouvoir des échanges actifs et enseigner la langue de l’autre dès la maternelle.

On devrait enseigner la langue de l’autre dès la maternelle.

Eva Feig, doctorante

Mon double doctorat, aux universités de Strasbourg et de Coblence-Landau, porte sur ces échanges actifs. J’écris sur la transmission de compétences linguistiques et interculturelles dans les crèches franco-allemandes. Cela signifie que j’examine comment on apprend aux tout-petits à se faire comprendre et à interagir dans les deux cultures. Le poste de doctorant est financé à 50 % par l’Université franco-allemande.

Mes origines sont très mêlées, ma mère est allemande, mon père franco-hongrois. Je suis née en Hongrie, j’ai vécu aux Canaries, en Autriche, en Espagne, en France et en Allemagne. Je trouve ça important parce qu’il faut y avoir vécu vraiment longtemps quand on veut représenter un pays. »

Eva Feig fait des recherches sur la transmission de compétences culturelles dans les crèches.
Eva Feig fait des recherches sur la transmission de compétences culturelles dans les crèches.
Porträt schafgans dgph

Eve-Gaëlle, 20 ans, fait une licence intégrée de professeur

« Je viens du sud de la France où l’on n’a en fait aucun contact avec la langue allemande. Mais, à 10 ans, j’étais si bonne élève que je suis entrée dans une ‘classe binationale‘, une classe au niveau très élevé où j’ai appris l’allemand. Je suis vraiment tombée amoureuse de cette langue lorsque j’ai fait un échange scolaire de trois mois à Tübingen. Il y a tant de mots allemands qui me manquent en français ! L’Allemagne est si belle, si verte, et les gens sont agréables et ouverts. Depuis, je veux vivre plus longtemps en Allemagne. Je crois que ce pays me va bien.

Il y a tant de mots allemands qui me manquent en français.

Eve-Gaëlle, étudiante

Je vis actuellement en Allemagne. Je fais mon troisième semestre d’études de professorat dans un cursus intégré de licence proposé conjointement par les universités de Nice et de Freiburg. L’Université franco-allemande organise le programme et propose des bourses pour nous, les étudiants. L’amitié franco-allemande est importante, nous devons impérativement la préserver. Mais je suis optimiste : la plupart des gens que je connais ont une bonne image de l’Allemagne. »

Eve-Gaëlle fait des études – bilingues – de professorat.
Eve-Gaëlle fait des études – bilingues – de professorat.

Mara, 24 ans, prépare un double master franco-allemand de relation économiques internationales

« Le lycée que je fréquentais à Berlin était à l’origine une école des Alliés français ; il a donc des liens particuliers avec la France. J’ai choisi le français comme matière principale au bac. Mais j’ai passé une licence de linguistique allemande et d’italien et je n’ai pas utilisé le français pendant longtemps. Je trouvais ça vraiment dommage. C’est pourquoi je savais que, pour mes études de master, je voulais vivre partiellement en France.

J’aime que, en France, l’appartenance soit définie différemment qu’en Allemagne.

Mara, étudiante

J’étudie maintenant les relations économiques internationales dans mon double master franco-allemand. J’ai étudié un an à Freiburg et suis venue à Paris pour ma deuxième année de master. Pendant mon troisième semestre, j’ai fait un stage au service culturel de l’ambassade allemande et entame maintenant un semestre normal à l’université de Paris XII. J’y écrirais aussi ma thèse de master.

Au début, je trouvais surtout la langue française intéressante mais, depuis que je vis en France, mon intérêt pour le pays ne cesse de grandir. J’aime que, en France, l’appartenance soit définie différemment qu’en Allemagne. Quiconque est né ici se considère français et en est fier. J’apprécie aussi le système social français. Je m’imagine bien vivre longtemps en France.