Révolution dans la production

Une production de vaccins propre à l’Afrique doit être lancée avec l’aide de l’Allemagne.

L’Institut Pasteur de Dakar au Sénégal
L’Institut Pasteur de Dakar au Sénégal dpa

Le projet est une «  étincelle de départ dans la lutte contre la pandémie en Afrique » et une « offensive pour le vaccin », disait le ministre fédéral du Développement Gerd Müller en juin 2021. Un nouveau chapitre de la coopération doit effectivement s’ouvrir avec la création d’une unité de production de vaccins en Afrique avec l’aide de l’Allemagne. 

Le coronavirus a fait de gros dégâts dans les pays africains aussi. Pour les experts, il est d’autant plus inquiétant que la majorité des habitants n’y soient pas protégés car cela peut faciliter de dangereuses mutations du virus, avec des conséquences considérables pour le continent et l’évolution globale de la pandémie. Actuellement, moins de 4 % de la population africaine est complètement vaccinée. Et, selon Ann Fortin du bureau régional de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en Afrique, ce chiffre ne devrait être que de 17 % au maximum au lieu des 40 % visés d’ici à la fin de l’année. Au lieu des 620 millions de doses promises, le continent en recevra un quart de moins de la part de l’initiative Covax de l’OMS qui s’efforce de répartir le vaccin équitablement.

Produire ses vaccins

L’Afrique est à ce jour presque totalement dépendante des vaccins venus d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Asie. Seuls 1 % des vaccins injectés en Afrique y sont produits. 

C’est précisément cela qui doit changer avec l’offensive pour le vaccin » soutenue par l’Allemagne. Plusieurs pays africains veulent faire avancer la production de vaccins contre le coronavirus, mais aussi contre des maladies comme la tuberculose, le choléra ou la fièvre jaune. Ainsi, l’Institut Pasteur de Dakar (IPD), au Sénégal en Afrique de l’Ouest, qui participe à la production de vaccins depuis des années, a reçu de l’Allemagne un financement initial de 20 millions d’euros en juin 2021. On prévoit pendant la première phase de conditionner des vaccins à partir d’avril 2022. Parallèlement, avec entre autres avec l’aide de la Banque européenne d’investissement, on boostera la création d’une unité de production allant jusqu’à 300 millions de doses de vaccins contre la Covid par an, produites sous licence à partir de 2022. 

Une coopération germano-sénégalaise

Il y a déjà un début de coopération de l’Allemagne avec l’IPD. Le gouvernement fédéral appuie depuis 2020 le développement et la production de tests rapides contre la Covid-19 que l’Institut veut commercialiser avec, entre autres, la société sénégalaise Diatropix et la société britannique de biotechnologie Mologic. Les tests simples, rapides et d’un prix abordable sont d’une grande importance en Afrique. Il y a également une coopération pour la production d’un vaccin contre la fièvre jaune. L’IPD formera aussi des techniciens de laboratoire pour diagnostiquer rapidement le coronavirus.

John Nkengasong, directeur de l’Africa Centre for Disease Control and Prevention, voit un beau potentiel dans la création de capacités de production africaines. Il est convaincu que le marché africain des vaccins peut passer de 1,3 milliard de dollars à 2,4 milliards de dollars d’ici à 2030. L’Union africaine est tout aussi confiante : jusqu’à 60 % des vaccins nécessaires en Afrique peuvent être produits sur place dans 20 ans.

Le fabricant allemand de vaccins Biontech prévoit également de produire en Afrique avec des possibilités de production durable au Ruanda et au Sénégal, a indiqué la société en août 2021. « Notre objectif est de développer et de créer en Afrique des possibilités de production de vaccins durable pour améliorer ensemble la couverture sanitaire », dit son P.D.G. Uğur Şahin. La technologie de Biontech pourrait aussi être utilisée au-delà de la Covid-19, estime M. Şahin. Biontech travaille déjà sur des vaccins contre la tuberculose, le paludisme et le sida. « Il n’y a aucune garantie que ces projets réussissent, dit M. Şahin. Mais nous devons être préparés à la réussite. » La construction des premières unités de production doit commencer courant 2022.

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