« La participation citoyenne est un marathon »

Le mouvement Pulse of Europe est actif depuis 2017. Nous avons parlé d’Europe à l’heure de la guerre en Ukraine avec sa co-fondatrice Stephanie Hartung.

La co-fondatrice de Pulse of Europe Stephanie Hartung au Parlement européen
La co-fondatrice de Pulse of Europe Stephanie Hartung au Parlement européen Pulse of Europe e.V.

Le mouvement citoyen Pulse of Europe œuvre depuis des années à une Europe démocratique et pacifique. L’initiative s’est fait connaître lorsque, après sa fondation en 2017, des dizaines de milliers de personnes descendaient dans la rue semaine après semaine. Face à la guerre en Ukraine, le mouvement appelle maintenant à reprendre les manifestations. Juste avant la Journée de l’Europe le 9 mai, sa co-fondatrice Stephanie Hartung parle de la guerre en Ukraine, de l’avenir de l’Europe et du rôle de Pulse of Europe.

Mme Hartung, Pulse of Europe a commencé en 2017 comme association ayant dix grandes lignes. L’une d’elles est : « la paix est en jeu ». La guerre règne aujourd’hui en Europe. Comment y réagit Pulse of Europe ?

Cela nous touche beaucoup. Le conflit a longtemps couvé mais, dès qu’il a éclaté, nous avons su que le moment était venu de redescendre dans la rue. Où il y va de faire preuve de solidarité et de créer des images montrant que les gens défendent ensemble une Europe démocratique. Nous avons d’emblée mobilisé 5.000 personnes dans la seule ville de Francfort. Mais nombre d’autres villes Pulse of Europe se sont spontanément mobilisées, Aix-La Chapelle, Hildesheim, Karlsruhe et Munich par exemple, et elles ont rencontré un beau succès.

Avant, c’était plus calme autour de Pulse of Europe. Pourquoi ?

Lorsque nous nous sommes créés en 2017, c’était un processus très intuitif. Au début, nous étions un groupe de huit amis inquiets de cette atmosphère anti-européenne, le Brexit, l’administration Trump aux Etats-Unis, le deuxième tour entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen en France dont nous venons de vivre la réédition. Nous nous sommes dit : « Il faut faire quelques chose ». Et six mois plus tard, nous étions un mouvement avec plus de 120 groupes locaux dans 14 pays de l’Union européenne.

Comment les grandes manifestations pour l’Europe sont-elles devenues votre marque ?

Nous avons saisi l’occasion, c’était la chose à faire dans cette situation. Il s’agissait non pas de manifester contre quelque chose mais pour l’Europe, pour l’idée européenne. Mais on ne peut pas maintenir pendant des années des manifestations de masse comme nous en avons organisées chaque semaine.

Les gens redescendent dans la rue et manifestent pour l‘Ukraine et pour une Europe unie.

Oui, mais l’atmosphère est naturellement bien différente de celle de 2017. Aujourd’hui, c’est la peur qui pousse les gens dans la rue. Il y a cinq ans, on avait des préoccupations politiques mais on rentrait chez nous après les manifestations, on se sentait bien et était fier de notre Europe. Maintenant, nous observons la situation politique avec inquiétude.

L’Europe agit plus unie que jamais ces dernières semaines. A votre avis aussi ?

Absolument. Mais cela ne devrait pas trop nous rassurer. Il ne devrait y avoir la menace d’une troisième guerre mondiale pour que l’Europe agisse rapidement et efficacement. Mais c’est effectivement le cas : une pression extérieure forte induit un renforcement à l’intérieur. Et pourtant, sous ce renforcement intérieur superficiel se tapit le risque que la crise économique qui menace en Europe fasse aussi le jeu de tendances nationalistes croissantes. Je pense qu’il faut garder sérieusement ces deux aspects à l‘esprit. Il n’y a aucune raison de se reposer sur ses lauriers en matière européenne.

Pulse of Europe se conçoit comme un mouvement citoyen apolitique. N’auriez-vous pas pu faire bouger plus de choses en tant que parti ?

Nous en avons sans cesse discuté et avons fait un choix clair. Nous croyons à l’idée du mouvement citoyen pour renforcer la participation citoyenne – nous parlons là d’un marathon pour lequel il faut avoir du souffle. Nous sommes restés actifs même lorsque, après notre grande campagne sur les élections européennes en 2019, nous avons diminué le nombre de manifestations. Nous avons évolué et misons aussi sur des formats nouveaux aujourd’hui.

Par exemple ?

Nous avons par exemple élaboré les « Parlements européens chez soi » (Europäische HausParlamente), une série de débats que nous avons déjà organisés cinq fois et qui est pour nous un instrument essentiel pour faire avancer la participation citoyenne.

Comment fonctionnent ces « HausParlamente » et qu’y décide-t-on ?

Dans ce format, il s’agit de diffuser des sujets européens, de les discuter. Nous proposons pour cela des grands thèmes, du matériel de présentation, des arguments et des questions clés. Nous créons ainsi un environnement où l’on peut débattre entre particuliers et même voter – au sein de groupes de 6 à 8 personnes, chez soi, au club de foot, n’importe où.

Et que changent les citoyennes et les citoyens avec leurs débats ?

Ils ne s’imaginent pas mieux connaître les choses ni dicter leur vision des choses aux politiques. Il s’agit plutôt d’être entendus, reconnus, et cela continuellement bien sûr. C’est pour cela que nous nous engageons. Il existe encore un manque cruel d’information en Europe et nous voulons le combler.

Pulse of Europe existe depuis cinq ans, la guerre en Ukraine lance de nouveaux défis à l’Europe. Si vous vous projetez dans l’avenir, où en sera Pulse of Europe dans cinq ans ?

En tant que mouvement citoyen, Pulse of Europe est un élément constitutif, une pierre dans la mosaïque qu’est cet immense projet : une Europe démocratique et pacifique. Nous avons toujours dit que notre mouvement n’est pas un but en soi. Mais, contrairement à 2017, lorsque nous nous sommes créés, la situation est devenue beaucoup plus difficile. Si, dans cinq ans, l’Europe est si solide qu’on n’aura plus besoin d’un engagement de la société civile comme celui de Pulse of Europe, nous nous dissoudrons alors sans regret. Mais je crains que ce ne soit pas le cas.

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