Contre l’oubli

Pourquoi des jeunes s’engagent-ils en faveur d’une culture du souvenir en Allemagne ? Deux bénévoles internationaux nous racontent.

Lukas Pils devant le Musée juif de Berlin.
Lukas Pils devant le Musée juif de Berlin. privat

« Lorsque mon grand-père a été contraint de partir en guerre comme soldat pour l’Allemagne, il avait 18 ans – un an de moins que moi aujourd’hui. Plus tard, il n’a jamais parlé de cette époque et de ce qu’il avait vécu. Son silence a été l’une des raisons de mon engagement pour que l’holocauste ne soit jamais oublié. Les jeunes ont besoin des anciens pour se souvenir. Nous serons nous-même cette génération d’anciens dans quelques années – et j’ai souvent l’impression à l’école que mes camarades de classe ne s’intéressent pas à ce sujet.

Nous ne pouvons faire obstacle à la violence, à l’exclusion et au racisme qu’en nous penchant de manière émotionnelle sur l’holocauste.

Lukas Pils, Service du souvenir au Musée juif de Berlin

Par l’intermédiaire de l’association Service autrichien à l’étranger, j’ai travaillé pendant dix mois au Musée juif de Berlin pour encourager et aider les autres à s’interroger sur le souvenir. Il est en effet dangereux de perdre notre lien à l’histoire. Nous ne pouvons faire obstacle à la violence, à l’exclusion et au racisme qu’en nous penchant de manière émotionnelle sur l’holocauste. »
L’Autrichien Lukas Pils, 19 ans, dirige le Service du souvenir au Musée juif de Berlin.

 

Yana Alimova en Allemagne.
Yana Alimova en Allemagne. privat

« Je travaille depuis un an bénévolement au mémorial de Buchenwald, plus précisément aux archives du ,Speziallager 2‘. Ce camp a une histoire particulière ayant aussi un lien personnel avec ma famille. Jusqu’en 1945, Buchenwald était un camp de concentration nazi où ont péri plus de 56.000 personnes. Après 1945, l’administration militaire soviétique a utilisé ce Speziallager 2. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le frère de mon arrière-grand-mère a été incarcéré comme soldat soviétique dans ce camp de concentration. Nous ne savons pas ce qui lui est arrivé ensuite, il est probablement décédé dans une annexe du camp de Buchenwald. Nous partageons cette incertitude avec bien d’autres familles.

Je trouve que mon travail fait sens, qu’il est même nécessaire.

Yana Alimova, Service de bénévolat au mémorial de Buchenwald

Ce qui m’a motivée pour le service bénévole à Buchenwald, c’est que je peux y aider des familles à trouver des informations sur le sort de leurs parents. Le mémorial est idéal pour cela. Je ne comprends pas pourquoi on me demande sans cesse si ce travail ne m’attriste pas. Certains me conseillent même de chercher un poste bénévole ,plus agréable‘, par exemple dans le social. Mais je ne le ressens pas comme ça. Je trouve que mon travail fait sens, qu’il est même nécessaire. Se pencher sur l‘histoire est extrêmement important pour notre société. Tant de gens motivés travaillent ici, cela me montre que nous avons surmonté cette époque et que nous avons construit un monde meilleur. »
L’Ukrainienne Yana Alimova, 26 ans, travaille bénévolement au mémorial de Buchenwald par l’intermédiaire de l‘Action Sühnezeichen Friedensdienste ; elle vient de prolonger son service de six mois. Elle veut ensuite faire des études sur la paix et les conflits.

Comptes rendus : Sarah Kanning

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