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Ou même de plusieurs. Cinq points de vue différents sur les opportunités qu’offre l’Allemagne.

01.09.2026

Comment réussissez‑vous à convaincre les investisseurs internationaux de miser sur l’Allemagne, Monsieur Blessing ? 

Martin Blessing
Martin Blessing © picture alliance/Geisler-Fotopress

« Ce n’est pas un argument unique qui plaide en faveur de l’Allemagne, mais toute une série de faits. L’Allemagne est le plus grand marché d’Europe et la troisième économie mondiale. L’Allemagne est le seul pays du G7 à bénéficier d’une notation AAA. L’Allemagne dispose d’une base industrielle très diversifiée et solide grâce à sa structure d’entreprises dominée par les PME, tout en abritant un écosystème de start-up hautement innovant. Le paysage de la recherche y est excellent – notamment en matière de recherche appliquée et orientée vers l’industrie.

L’Allemagne est consciente de ses propres défis et s’attelle à les relever. Le gouvernement allemand investit 500 milliards d’euros dans les infrastructures et dans un fonds pour le climat et la transformation. Grâce à l’initiative « Made for Germany », 133 entreprises ont annoncé leur intention d’investir plus de 800 milliards d’euros en Allemagne.

Que signifie cela du point de vue des investisseurs étrangers ? Un marché, déjà dynamique actuellement, va se développer considérablement au cours des prochaines années et gagner encore en attractivité. Les entreprises locales investissent massivement ; elles croient donc au marché et aux bénéfices qu’il est possible d’y réaliser. Et c’est précisément là que les investisseurs étrangers entrent en jeu : leurs capitaux et leur engagement sont les bienvenus, car l’État ne peut pas, à lui seul, réaliser les investissements nécessaires, et ce sont bel et bien les entreprises qui font avancer l’économie. Les investisseurs eux-mêmes – qu’il s’agisse d’investisseurs financiers ou d’entreprises souhaitant s’implanter en Allemagne – bénéficient d’un site à la fois dynamique, sûr et fiable. »

Martin Blessing

Depuis 2025, il est chargé de mission personnel du chancelier allemand pour les investissements ; il préside aussi le conseil de surveillance de Germany Trade & ­Invest. De 2008 à 2016, Blessing a été président du directoire de la Commerzbank ; depuis 2022, il est président du conseil d’administration de la plus grande banque danoise, la Danske Bank.

Pourquoi avez-vous créé votre start-up dans le Brandebourg et non dans la Silicon Valley, Madame Madani ? 

Ghazaleh Madani
Ghazaleh Madani © Konstantin Börner

« Plus qu’un choix entre le Brandebourg et la Silicon Valley, j’ai plutôt dû choisir entre un lieu où l’entrepreneuriat m’était possible et un autre qui, pour des personnes ayant les mêmes antécédents que moi, n’était pas facilement accessible. En tant qu’Iranienne, les États-Unis n’ont jamais été la voie la plus aisée – en raison des évolutions politiques et des incertitudes liées aux visas et aux perspectives. L’Allemagne, en revanche, m’a permis de faire des études, de mener des travaux scientifiques et de créer, par la suite, une entreprise.

Le Land de Brandebourg nous a soutenus dans cette démarche. Les programmes de soutien, les établissements d’enseignement supérieur et l’écosystème de la recherche et des start-up ont contribué à transformer une idée en une entreprise : j’en suis très reconnaissante.

Dans le même temps, je vois des défis à relever : en Allemagne, la création d’une entreprise bénéficie souvent d’un soutien, alors que son développement, nettement moins. Lorsque les entreprises cherchent à se développer, à mettre en place des laboratoires ou à devenir compétitives à l’international, des problèmes financiers apparaissent et les procédures prennent souvent trop de temps.

Malgré tout, c’est ici que j’ai fondé CanChip. Non pas parce que le Brandebourg est idéal à cet égard, mais parce que je suis convaincue que l’innovation de pointe ne doit pas exclusivement émerger dans la Silicon Valley. La recherche en Allemagne est performante – nous devons désormais apprendre à accorder autant d’importance à la croissance d’une entreprise qu’à sa création. »

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Ghazaleh Madani

Avec sa start-up CanChip, cette biologiste moléculaire souhaite révolutionner la recherche sur le cancer. Son équipe développe des modèles « Tumor-on-a-Chip » : ceux-ci permettent de tester l’efficacité de médicaments dans des conditions très proches de celles des tumeurs humaines.

Pourquoi l’avenir du monde se joue-t-il dans la région de Munich, ­Monsieur Chahil ? 

Satjiv Chahil
Satjiv Chahil © privat

« Lorsque je me rends à Munich, je suis à chaque fois impressionné par la combinaison exceptionnelle de qualités que cette ville réunit. Son niveau de technicité est remarquable : une excellence qui s’est renforcée au fil des générations dans les secteurs de l’automobile, des technologies industrielles et optiques et des techniques médicales. Mais ce qui me touche le plus, c’est le professionnalisme culturel qui va de pair : la musique, l’architecture, la conscience environnementale, la fierté discrète de l’artisanat et de la qualité.

D’une certaine manière, Munich me rappelle la Silicon Valley telle que je l’ai découverte au début des années 1980 – non pas par son style, mais par son potentiel. Cette ville possède tous les atouts essentiels : des établissements d’enseignement supérieur d’excellence, une population bien formée et bien qualifiée, la proximité du cœur industriel de l’Europe et un appétit grandissant pour des idées audacieuses.

À mes amis de Bavière, je dis : « Vous n’avez pas besoin de devenir San Francisco. Vous devez simplement devenir Munich dans toute sa puissance. » La tradition d’ingénierie allemande excelle dans l’art d’améliorer les choses. La prochaine étape consiste à créer des choses qui n’ont encore jamais existé. Je crois que Munich est prête pour cette étape – et je considère comme un privilège le fait de pouvoir prendre part au débat sur la manière d’y parvenir. »

Satjiv Chahil

Originaire d’Inde, Satjiv Chahil s’est rendu aux États-Unis pour faire ses études. Il a travaillé en tant que manager pour des entreprises telles qu’IBM, Apple et Sony. C’est dans les années 1990 qu’il a découvert l’Allemagne, en tant que directeur par intérim d’Apple Europe. Le consultant voit dans la région de Munich un fort potentiel pour devenir le nouveau pôle technologique de l’Europe.

Qu’est-ce qui fait de Düsseldorf le hub asiatique de l’Europe, Madame Winkels ?

Theresa Winkels
Theresa Winkels © Düsseldorf Office of Economic Development, Michael Lübke

« Düsseldorf fait partie des centres économiques les plus internationaux d’Allemagne, et c’est précisément ce qui rend la ville attrayante pour les investisseurs. Sa situation centrale en Europe, son aéroport international et ses solides infrastructures permettent de rejoindre rapidement les clients, les partenaires et les marchés de la région Rhin-Ruhr et bien au-delà.

Des secteurs d’avenir dynamiques et des services orientés vers les entreprises caractérisent le paysage entrepreneurial de Düsseldorf. La diversité du tissu sectoriel garantit la stabilité de l’économie, et la forte densité d’entreprises rend Düsseldorf attrayante, aussi bien pour les sièges allemands que pour les sièges européens. Des entreprises internationales y trouvent un accès au ­marché allemand ainsi qu’un réseau international bien établi.

Düsseldorf représente un site central pour les investissements directs étrangers en Rhénanie-
du-Nord-Westphalie. Il constitue aussi le hub asiatique de l’Europe, comptant des communautés d’affaires bien établies venues du Japon, de Chine, d’Inde et de Corée. En outre, cette ville entretient de solides relations avec des régions économiques clés bien définies, depuis l’Asie jusqu’aux États-Unis et au Canada, en passant par la zone EMEA. »

Theresa Winkels

Elle dirige l’agence de développement économique de Düsseldorf (capitale de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie). Cette ville située sur les rives du Rhin abrite, entre autres, la troisième plus grande communauté japonaise d’Europe. Plus de 8 000 Japonaises et ­Japonais vivent à Düsseldorf ; quelque 400 entreprises japonaises y sont implantées.

Que peut offrir ­l’Allemagne aux investisseurs coréens, Monsieur Kim ?

Yeonjae Kim
Yeonjae Kim © Jeonki Sinmun

« En 2025, la Corée était le neuvième partenaire commercial de l’Allemagne (hors UE). Pour les investisseurs coréens, l’Allemagne offre avant tout un accès direct au marché intérieur de l’UE, qui regroupe plus de 450 millions de consommateurs – un atout lié à sa localisation, que peu d’autres sites industriels sont en mesure d’offrir. L’Allemagne représente la porte d’entrée vers l’UE : bon nombre d’entreprises coréennes ont implanté leur siège européen dans l’agglomération de Francfort, dont Samsung Electronics, Hyundai et Kia ; c’est depuis les années 1980 que ces sociétés investissent en Allemagne. 

Depuis la pandémie de coronavirus, les biens de consommation coréens jouissent également d’une popularité croissante, portés par la K-culture. À eux seuls, les deux concerts de BTS à Munich ont attiré près de 140 000 spectatrices et spectateurs. Aussi, les footballeurs coréens marquent de leur empreinte la Bundesliga et instaurent la confiance dans des marques coréennes. Dans un monde marqué par les incertitudes géopolitiques, la coopération économique revêt une importance grandissante. Pour ces deux pays industrialisés orientés vers l’exportation, le friend-shoring joue un rôle central. C’est notamment dans les domaines de la défense et de l’intelligence artificielle que cette collaboration offre un grand potentiel. Je suis convaincu que la Corée et l’Allemagne vont continuer à renforcer leur coopération dans ces secteurs d’avenir. »

Yeonjae Kim

En tant que directeur régional, il dirige le siège européen de la Kotra (Korea Trade-Investment Promotion Agency) à Francfort-sur-le-Main. La Kotra est l’agence coréenne de promotion du commerce et des investissements.