« Nous plantons de l’eau »
Deux lieux en Allemagne, deux mondes météorologiques : de la poussière sur les champs du Brandebourg, du vent sur Hallig en pleine mer. Des personnes racontent comment la météo marque leur quotidien.
Benedikt Bösel, agriculteur dans l’exploitation bio Gut&Bösel à Brandebourg
« Lorsque je roule sur les chemins de campagne pour me rendre à mes champs, la voiture laisse souvent un grand nuage de poussière derrière elle. Il y a de la poussière partout : sur les vitres, sur la voiture, même sur la peau. Cela arrive vite, surtout au printemps ou en été, quand il ne pleut pas pendant quelques jours. Nos sols au Brandebourg sont très sableux. Avant,la météo était plus prévisible, aujourd’hui, elle change plus vite en raison du changement climatique. Les variations sont plus fortes et pour nous cela se répercute directement sur les champs.
Nous venons d’avoir un hiver inhabituellement long. Deux mois et demi de gel, en partie moins 15 degrés la nuit. Et puis soudain tout est allé très vite : en quelques jours, il s’est mis à faire chaud, 10 ou 15 degrés pendant la journée. Mais la nuit, le gel revient. C’est difficile pour les plantes. Elles commencent à pousser, à bourgeonner, puis d’un coup il fait de nouveau froid.
Nous exploitons environ 3000 hectares de terre, dont 1000 hectares de surface agricole et 2000 hectares de forêt. Si aucune pluie ne tombe maintenant, il peut vite y avoir une sécheresse. C’est pourquoi nous essayons surtout de rendre le sol plus résistant. Pour ce faire, nous misons sur les vaches et les arbres. Plus il y a d’humus dans le sol, mieux il peut stocker l’eau. Nous ne labourons plus, mais essayons autant que possible de laisser pousser des plantes dans les champs, qui servent ensuite de pâturage aux vaches. De plus, nous plantons des rangées d’arbres dans les champs. Ils freinent le vent et aident à maintenir le taux d’humidité dans le sol. C’est pour cela que nous disons ici que nous plantons de l’eau.
Au final, tout dépend quand même de la pluie. Quand je suis dans mon lit la nuit et que j’entends les gouttes tomber sur le toit, c’est l’un des plus beaux bruits. »
Michael Klisch, maire de l’île de la mer du Nord Hallig Hooge et guide dans le wadden
« Ici, la météo détermine tout. Quand j’allume l’ordinateur le matin, la première chose sur laquelle je clique, c’est le bulletin météo. Pas comme ça, par réflexe, mais de manière consciente. Sens du vent, niveau de l’eau, radar de pluie. Le déroulé de ma journée dépend de tout cela – comme maire ou comme guide dans le wadden.
Actuellement, tout est trempé. Il y a quelques jours encore, une couche de neige recouvrait Hallig depuis début janvier, ce qui est tout à fait exceptionnel. Pendant des semaines, tout était blanc, les bruits étaient estompés, comme si Hallig était sous cloche. Le dégel a commencé, le sol est encore gelé, l’eau forme des flaques dans les prés et dans les rues. La nuit, il peut beaucoup pleuvoir.
Le vent est typique de Hooge. Ici, le vent n’a rien d’exceptionnel, il est normal. En hiver, il fait souvent quelques degrés à peine au-dessus de zéro. Le vent froid et humide aspire la chaleur des maisons – et de nous-mêmes.
En tant que guide, je décide chaque jour à nouveau si je peux emmener mes groupes dans le wadden. La pluie n’est pas un soucis, si on a les bons habits. Mais on ne peut pas s’habiller pour se protéger des orages, alors nous devons annuler les excursions. Et puis le changement climatique vient s’ajouter à cela : lorsque le niveau de la mer monte, les marées de tempête sont plus hautes et, à Hooge, cela augmente le risque que les terres soient inondées plus souvent et plus longtemps. Nous appelons ça la « terre en dessous ».
Et puis il y a aussi le ferry, notre lien vital. Si je veux aller à un rendez-vous médical ou suivre une formation sur la terre ferme, c’est le vent et la marée qui décident si c’est faisable. Parfois, le ferry passe à un autre moment, parfois pas du tout. Alors je loupe les correspondances, je dois décaler mes rendez-vous. Même cela, ça a du bon. Quand tout est à l’arrêt dehors, on va prendre spontanément une tasse de thé chez les voisins. Ici, c’est toujours la météo qui a le dernier mot. »