L’Allemagne sans le Mur

Un bilan : bien des choses se sont normalisées en trente ans mais il reste des différences.

Aujourd’hui, le mur de Berlin est une attraction pour les touristes.
Aujourd’hui, le mur de Berlin est une attraction pour les touristes. dpa

Dans l’euphorie des premiers mois qui ont suivi la disparition de la frontière interallemande, la plupart des observateurs ont imaginé que le rapprochement des deux Etats et de leurs systèmes économiques serait plus aisé qu’il ne l’a été. Ce fut un long et difficile cheminement dont l’Allemagne réunifiée n’a pas encore atteint le bout. Au début, on a sous-estimé les problèmes économiques de la réunification car on avait largement surestimé l’économie de la RDA,  la jugeant beaucoup plus forte qu’elle ne l’était. Plus tard, on n’a pas suffisamment pris en compte l’empreinte profonde que le système est-allemand a laissé dans la mentalité des habitants et, lorsque la magie du nouveau départ se fut envolée, une grande nostalgie s’est emparée de nombre d’entre eux. En outre, on n’apporte toujours pas de réponse à l’insatisfaction des habitants, née de la dévaluation de leurs accomplissements après la disparition de la RDA. Trente ans après la chute du Mur, les problèmes matériels du rapprochement sont largement résolus ; mais les différences dans la mentalité sociale et la culture politique sont restées.

Herfried Münkler : « Les différences de mentalité sont restées. »
Herfried Münkler : « Les différences de mentalité sont restées. » dpa

Il faudra probablement s’y accoutumer à long terme, si ce n‘est pour toujours. Car, enfin, il y a aussi dans les anciens Länder (et il y avait dans l’ancienne République fédérale) des différences marquées dans les positions politiques fondamentales des Allemands du Nord et du Sud. Les Allemands de l’Est sont en ce sens venus s’y ajouter comme représentants d’une troisième mentalité. C’est du moins la façon dont le regard dédramatisé voit l’Allemagne réunifiée, un regard qui n’est pas hypnotisé par les différences Est-Ouest sans cesse mises en avant par les sondages. L’Allemagne, qui n’a emprunté que tard la voie menant à l’Etat national, a toujours été un pays aux forts particularismes régionaux. Cela ne changera pas de sitôt.

L’Allemagne a toujours été un pays aux forts particularismes régionaux

Herfried Münkler, politologue

Même si, avec les Allemands de l’Est, une composante critique envers les émigrés, parfois même xénophobe et majoritairement anti-islam, est apparue dans l’éventail des opinions et le vote des Allemands, cela n’implique nullement une position particulière de l’Allemagne en Europe. Les Allemands évoluent plutôt au sein de la tendance générale européenne en ce qui concerne son penchant pour les partis et les mouvements populistes de droite, avec la particularité que les populistes de droite n’y sont jamais parvenus à entrer dans un gouvernement. L’Allemagne s’est normalisée comparée au contexte européen, ce qui signifie un recul de la stabilité politique et des difficultés plus grandes pour former les gouvernements.

Lorsque la frontière était un spectacle effrayant : « l’autoroute interzonal » près de Marienborn.
Lorsque la frontière était un spectacle effrayant : « l’autoroute interzonal » près de Marienborn.
dpa

Le poids économique et la responsabilité politique de l’Allemagne au sein de l’Union européenne ont par contre beaucoup changé. Alors que la France, l’Italie et la Grande-Bretagne étaient à peu près au niveau de l’ancienne République fédérale par leurs données économiques et démographiques, cela a profondément changé depuis 1990. L’Allemagne est aujourd’hui, et de loin, le pays le plus peuplé de l’UE, et possède la plus forte puissance économique. Le gouvernement fédéral n’a usé qu‘avec prudence de l’influence ainsi acquise, interprétant son nouveau rôle comme une responsabilité plus importante plutôt que comme une plus forte capacité à s’imposer. Cela devrait rester le cas dans un avenir proche, même si l’Allemagne fait preuve ces prochaines années d’un engagement plus important, réclamé par bien des parties, dans la politique extérieure et de sécurité des Européens.

L’auteur : Le Prof. Herfried Münkler est l’un des politologues les plus éminents d’Allemagne. Avant sa retraite en octobre 2018, il enseignait à l’Université Humboldt à Berlin.

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