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« Quand j’étais tout en haut, j’avais le vertige. »

Le sauteur à ski Philipp Beckmann saute sur plus de 100 mètres. Âgé de 16 ans, l’athlète raconte ses entraînements, son rapport à la peur et ce qu’on lui enseigne à l’internat de ski de Willingen.

Clara KrugClara Krug, 28.01.2026
Il saute sur plus de 135 mètres : le sauteur à ski Philipp Beckmann
Il saute sur plus de 135 mètres : le sauteur à ski Philipp Beckmann © Jan Simon Schäfer

« Juste avant de prendre mon élan, je deviens très calme. Assis sur la barre, j’observe la piste en contrebas et je pense à mon saut – pas à la distance, ni au résultat, juste à ce qui m’attend : la phase d’élan, l’impulsion et le vol. Puis je m’élance. À cet instant, je ne pense plus à rien. Cet instant de calme dure quelques secondes avant que je ne touche le sol. Je réaligne mes skis, j’encaisse l’impact et je dégage la piste. Mon saut est terminé. Ma journée peut continuer.

« Dans les airs, j’oublie tout », explique le sauteur à ski Philipp Beckmann.
« Dans les airs, j’oublie tout », explique le sauteur à ski Philipp Beckmann. © Jan Simon Schäfer

Mon programme à l’internat de ski de Willingen est toujours le même : petit-déjeuner à sept heures, cours jusqu’à midi, pause déjeuner, aide aux devoirs et, parfois, cours de rattrapage. L’après-midi est réservé à l’entraînement, qui dure parfois jusqu’en début de soirée. Il ne me reste pas beaucoup de temps pour moi, mais ça me va, c’est comme ça pour tout le monde. 

L’internat de ski : une deuxième famille

Nous avons un objectif principal : nous améliorer en permanence dans notre discipline. Ça ne pose pas de problème si on ne fait pas que bûcher pendant l’étude et si on en profite aussi pour rire et papoter pour nous changer les idées. Les entraîneurs ne nous mettent pas la pression. Ils nous disent : « L’envie doit venir de vous. » À l’internat, j’ai ma propre chambre. Le soir, on mange tous ensemble, on joue à des jeux de société ou on bavarde. Nous sommes très encadrés, il y a toujours quelqu’un qui est là pour nous. Une deuxième famille

Au départ, je voulais devenir biathlète. Mais quand j’ai fait un essai sur le tremplin, j’ai tout de suite su que le saut à ski était fait pour moi. Quand j’étais tout en haut, j’avais le vertige. Mais une fois en bas, je n’avais qu’une envie : remonter. Cette sensation quand on prend son élan et que tout le reste disparaît, c’est difficile à décrire.

Ne pas avoir peur avant de sauter

Je saute maintenant sur de grands tremplins, jusqu’à plus de 100 mètres. Mon record est à plus de 135 mètres. J’éprouve, non pas de la peur, mais du respect. La peur peut déstabiliser, et ça peut être très dangereux. J’ai mon petit rituel avant chaque saut : je visualise un saut parfait, par exemple ceux de mon modèle Daniel Huber, le sauteur à ski autrichien. Les entraîneurs connaissent notre potentiel. Ils nous disent : « Faites tout simplement de votre mieux. » Je connais par cœur les mouvements à faire à l’impulsion, dans les airs et à l’atterrissage. Ça me donne confiance en moi. 

On voyage beaucoup et on découvre de nouveaux endroits, de nouveaux tremplins. L’année dernière, pendant une formation en Slovénie, je suis parti un week-end à Seefeld en Autriche pour une compétition. Les voyages, les trajets en bus, de nouveaux tremplins, de nouvelles conditions : tout ça est très stimulant. 

Mon tremplin préféré se situe près de Kranj, en Slovénie. J’aime sa silhouette : plutôt plat en haut, il est de plus en plus raide lors de la descente. Et le point de vue qu’on a d’en haut est vraiment inoubliable.

Mon plus grand rêve serait de participer à un championnat du monde dans quelques années, et de sauter un jour depuis le tremplin de Mühlenkopf de Willingen. J’ai encore beaucoup de travail devant moi. Pas à pas, saut après saut. »

L’internat de ski de Willingen

L’internat de ski de Willingen fait partie de l’Uplandschule, une école d’élite de ski alpin du Sauerland. L’internat accueille jusqu’à 13 jeunes. L’établissement est financé par des fonds du Land, des subventions au sport et les cotisations des parents. Les athlètes professionnels bénéficient de cursus flexibles, comme le baccalauréat en quatre ans, qui permettent de combiner études et entraînement. Les entraîneurs jouent un rôle central : ils coordonnent l’école, l’entraînement et les compétitions, encadrent les sportifs et s’assurent que les exigences sportives restent compatibles avec les performances scolaires.