Un an à la tête de l’État : le gouvernement de l’Allemagne entre crises et pression des réformes
Au cours des douze premier mois, le gouvernement fédéral a défini des priorités en matière de politique étrangère dans une situation mondiale difficile et s’est attaqué à de grands projets de réforme.
Un an après sa prise de fonction le 6 mai 2025, le gouvernement fédéral de l’Allemagne tire un premier bilan – dans une phase marquée par les défis économiques et de politique intérieure, le tout dans une situation mondiale extrêmement tendue. La coalition noir-rouge composée de la CDU/CSU (aussi : Union) et du SPD s’allie surtout autour de deux objectifs : la capacité d’action économique et la fiabilité en matière de politique étrangère. Dans le même temps, la coalition agit à une époque marquée par de nombreux conflits dans lesquels les priorités politiques doivent être sans cesse réajustées et des compromis trouvés. Toutefois, la cadence est élevée : au cours des douze premiers mois, la cabinet s’est réuni 41 fois et a voté 557 projets, dont 172 projets de lois.
Politique étrangère : réseaux, partenariats, Ukraine
En matière de politique étrangère, le gouvernement fédéral mise sur l’extension et l’approfondissement des partenariats, aussi au-delà de l’UE et de l’OTAN. Le chancelier fédéral Friedrich Merz considère l’Allemagne comme une puissance moyenne bâtisseuse dans un ordre mondial multipolaire. Au cours de cette première année, Merz a visité 30 pays – dont les États-Unis et la Chine. Les relations avec ces deux grandes puissances reste un jeu d’équilibre : les interdépendances économiques et les défis de politique de sécurité doivent être conciliés avec l’ambition de l’Allemagne obtenir plus de souveraineté.
Une priorité est accordée à des partenariats plus étroits avec des États qui revêtent une importance stratégique pour l’énergie, les matières premières, de commerce et les chaînes d’approvisionnement – notamment l’Inde, le Canada, les États du Golfe, l’Asie du Sud-Est ainsi que les pays partenaires en Afrique et en Amérique latine. Parallèlement, l’Allemagne souhaite endosser un rôle de leader au sein de l’Union européenne et augmenter la capacité d’action de cette dernière.
L’Ukraine reste au centre de la sécurité européenne. L’Allemagne ne déroge par au soutien global apporté au pays attaqué par la Russie et considère la coopération de plus en plus comme un partenariat stratégique – militaire, économique et en matière de reconstruction.
Défense : plus de moyens, une nouvelle coordination
Face aux bouleversements géopolitiques, la capacité de défense de l’Allemagne et de l’Europe est clairement au cœur des préoccupations : d’ici 2029, les dépenses de défense allemandes devraient augmenter à 3,5 pour cent du produit intérieur brut (PIB) ; d’ici 2035, 1,5 pour cent du PIB en plus est prévu pour les secteurs proches de la défense comme l’infrastructure, la cybersécurité et les services de renseignement. Au niveau institutionnel, le gouvernement fédéral a créé un Conseil national de sécurité, un centre de crise et un centre opérationnel à la Chancellerie. Un nouveau modèle de service militaire, volontaire dans un premier temps, a pour but de renforcer le personnel de la Bundeswehr.
Économie : des signaux d’investissement
Afin de donner un nouvel élan à l’économie en berne, un nouveau programme permet des amortissements dégressifs de jusqu’à 30 pour cent par an pour certains investissements ; à partir de 2028, une diminution progressive de l’impôt sur les sociétés est prévue. Depuis début 2026, différents instruments sont en outre entrés en vigueur, censés apporter au total environ dix milliards d’euros par ans d’allégement pour les consommatrices et consommateurs – notamment via la suppression de la participation financière aux collecteurs de gaz et des redevances d’utilisation des réseaux plus basses.
Cette politique économique s’accompagne du fonds spécial financé par l’emprunt Infrastructures et Neutralité climatique (500 milliards d’euros), grâce auquel l’État fédéral entend notamment accélérer les investissements dans le transport, les écoles et les réseaux.
Innovation : la recherche comme facteur d’attractivité
D’ici 2030, au moins 3,5 pour cent du PIB devraient être alloué à la recherche et au développement. L’« agenda high-tech mutualise le financement dans des technologies clés comme l’intelligence artificielle, les technologies quantiques, la microélectronique, l’aérospatiale et la fusion nucléaire – avec pour objectif de rendre la recherche applicable à l’industrie plus rapidement.
Immigration : des progrès dans le cadre européen
Concernant sa politique migratoire, le gouvernement fédéral renvoie aux chiffres en baisse des demandeurs d’asile. En 2025, les demandes initiales d’asile ont diminué de 51 pour cent par rapport à 2024, et de 66 pour cent par rapport à 2023. Cette tendance se poursuit en 2026. Les rapatriements ont aussi augmenté : en 2025, environ 230 00personnes ont été rapatriées – 15 pour cent de plus qu’en 2024 et 45 pour cent de plus qu’en 2023. Dans le même temps, la réforme du Régime d’asile européen commun (RAEC) à compter du 12 juin 2026 devrait permettre des procédures plus rapides et uniformes dans toute l’Europe.
Situation actuelle et perspectives
Le gouvernement fédéral réagit à la crise énergétique actuelle suite à la guerre en Iran avec un programme immédiat : la taxe sur l’énergie sur l’essence et le diesel doit diminuer d’environ 17 centimes par litre à compter de mai 2026 et ce pour deux mois ; parallèlement, les règles en matière de droit des cartels sont durcies.
Fin avril 2026, la coalition s’est mise d’accord sur une réforme de la santé. D’autres grandes réformes complexes sont annoncées pour cette année – surtout en matière de politique des retraites et des soins.