« Un partenariat très large »

Comment coopèrent l’Union européenne et l’Afrique ? Thorsten Clausing sait à quoi ressemble le travail au quotidien.

Thorsten Clausing à Addis-Abeba : au fond, le bâtiment de l’UA
Thorsten Clausing à Addis-Abeba : au fond, le bâtiment de l’UA privat

M. Clausing, vous êtes le directeur de la « Political, Press and Information Section » de la délégation de l’UE auprès de l’Union africaine (UA) à Addis-Abeba. Comment peut-on s’imaginer le travail à l’interface de la coopération ?
Comme dans toute section politique d’une délégation de l’UE, une grande partie de notre travail est d’observer l’évolution dans notre pays hôte, ici l’Union africaine, et d’en rendre compte. Il s’agit toujours de voir, dans l’esprit du partenariat UE-Afrique, où et comment nos deux organisations peuvent coopérer pour atteindre des objectifs communs, par exemple avec des prises de position communes ou concertées. Naturellement, nous sommes aussi intégrés à la préparation et à la réalisation des différentes manifestations UE-UA. A côté des rencontres ministérielles et des sommets communs, il y a aussi les rencontres annuelles des membres de la Commission européenne et de la Commission de l’UA, ainsi que celles du Conseil de paix et de sécurité de l’UA et du Comité politique et de sécurité de l’UE.

La dernière rencontre du sommet de l’Union africaine et de l‘Union européenne s’est déroulée en 2017. Que s’est-il passé depuis ?
Bien des choses car le partenariat UE-Afrique a un contenu très large, comme l’a reconfirmé le sommet, et porte sur de nombreux projets communs. Un exemple : un groupe d’intervention UA-UE-ONU a été créé pour les migrants échoués en Libye ; il a sauvé plus de 16.000 personnes de leur détresse et montré que l’UE et l’UA peuvent ensemble parvenir à résoudre un problème et apporter une aide concrète aux personnes concernées. L’Alliance Europe-Afrique pour l’emploi et les investissements durables, présentée en septembre 2018 par le président de la Commission Jean-Claude Juncker, est également en prise directe sur le grand thème du sommet, la création de meilleures possibilités de formation et d’emploi pour les jeunes. La première rencontre UA-UE des ministres des Affaires étrangères, qui s’est déroulée en janvier 2019 à Bruxelles, a souligné l’importance de l’Alliance pour l’implémentation des résolutions prises au sommet.

« Qualifier l’UE de premier partenaire de l’Afrique est justifié. »

Thorsten Clausing, de la délégation de l’UE auprès de l‘Union africaine à Addis-Abeba

D’autres pays, comme les Etats-Unis, la Chine ou le Japon, sont également engagés en Afrique. Comment décririez-vous le rôle de l’UE dans les comparaisons internationales ?
Plus d’un tiers du commerce extérieur africain se fait avec l’UE, 40 % des investissements étrangers directs en Afrique proviennent de l’UE et plus de la moitié des fonds pour la coopération pour le développement en Afrique sont attribués par l’UE et ses pays membres ; pour ces trois indicateurs, l’UE atteint des chiffres plus élevés que l’ensemble des trois autres partenaires cités. Qualifier l’UE de premier partenaire de l’Afrique est donc justifié. L’UE est fortement engagée tant au niveau bilatéral avec des pays africains qu’au niveau subrégional avec des organisations comme l’ECOWAS, l’Economic Community of West African States, et qu’au niveau continental avec l’UA. Cela nous distingue de partenaires comme la Chine ou le Japon qui coopèrent également avec l’UA mais dont l’engagement s’oriente fortement sur une coopération bilatérale avec les pays africains.

Vous pouvez observer l’évolution de l’Éthiopie quasiment à votre porte. Ce pays est-il un modèle ?
Les changements que le nouveau chef du gouvernement, M. Abiy, a induits depuis son entrée en fonction il y a un an sont impressionnants. Il a lancé un large processus de réconciliation au niveau tant régional que national. Néanmoins, les défis que doit relever l’Ethiopie sont énormes. Il existe de fortes tensions entre les différents groupes politiques et ethniques et on ne discerne pas encore comment les surmonter pacifiquement.            

Interview: Martin Orth

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