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Pro & Contra

Voter à partir de 16 ans – pertinent ou non ?

L’âge légal pour voter devrait-il être réduit pour les élections au Bundestag ? Un étudiant en droit et une journaliste politique expliquent ce qui parle en faveur et en défaveur.

14.01.2026
ProCon
© Fazit/Alan Mazzocco/iStock

Shayan Mirmoayedi
© privé

Pro

« Autoriser le vote à partir de 16 ans peut réduire les frustrations et conduire à plus d’engagement. »

Shayan Mirmoayedi étudie le droit et est président de l’association « Jugend wählt » (la jeunesse vote).

Susann Kreutzmann
© privé

Contra

« Quiconque légitime les décisions politiques doit pouvoir en assumer lui-même la responsabilité, c’est-à-dire être autorisé à se porter candidat. »

Susann Kreutzmann est rédactrice pour le Neue Zürcher Zeitung (NZZ) à Berlin.

L’âge électoral pour les élections au Bundestag en Allemagne devrait-il être abaissé de 18 à 16 ans ?

Shayan Mirmoayedi

Oui, dans certaines élections régionales et lors des élections européennes en Allemagne, l’âge électoral est déjà fixé à 16 ans. Cette réglementation devrait aussi s’appliquer aux élections au Bundestag.

Susann Kreutzmann

Non – pour tout un tas de raisons. Le législateur ne considère pas les jeunes de 16 ans comme suffisamment responsables pour conclure un contrat de téléphonie mobile ou passer leur permis de conduire. Mais ils devraient contribuer à décider de l’avenir du pays dans les urnes ? C’est contradictoire. L’âge du droit de vote présuppose la responsabilité juridique. De plus, les droits de vote actif et passif vont de paire. Toute personne qui a le droit de voter doit aussi pouvoir se présenter à une élection. La candidature au Bundestag n’est possible qu’à partir de 18 ans.

Les jeunes de 16 ans sont-ils suffisamment mûrs pour prendre une décision électorale ?

Shayan Mirmoayedi

Des études et scientifiques spécialisés l’affirment : oui. Les jeunes de 16 ans seraient en mesure de traiter des informations et de prendre une décision électorale de manière pertinente. Il est difficile de dire quand une personne est assez mûre pour prendre une décision électorale. Les thèmes et circonstances décisifs pour quelqu’un peuvent être très personnels. Choisir quelques exemples parmi le groupe d’électeurs n’est pas la solution. Je ne trouve pas non plus que tous les électeurs adultes que je rencontre au quotidien sont suffisamment mûrs. Je ne leur retirerais pas le droit de vote pour autant.

Susann Kreutzmann

Les décisions électorales ont avant tout trait à la prise de responsabilités. Quiconque légitime les décisions politiques doit en principe pouvoir en assumer lui-même la responsabilité, c’est-à-dire être autorisé à se porter candidat. Cela correspond à notre définition de la démocratie. Si le droit de vote passif est dissocié du droit de vote actif, l’égalité politique inscrite dans la Loi fondamentale est de fait supprimée. Les partisans du droit de vote à partir de 16 ans devraient alors logiquement exiger également l’abaissement de l’âge de la responsabilité pénale à 16 ans. Mais cette demande n’est bien sûr pas sérieusement faite, car le droit pénal des mineurs existe pour une bonne raison. On part ici du principe que, du point de vue du développement psychologique, les adolescents n’ont pas encore acquis leur pleine capacité de discernement. 

Les jeunes en Allemagne disposent-ils de suffisamment de connaissances politiques de base ?

Shayan Mirmoayedi

Les connaissances de bases sont suffisantes. C’est ce que montre notamment la comparaison avec d’autres groupes d’électeurs. Les jeunes de 16 et 17 ans peuvent s’informer sur les médias et donc sur la politique. À l’école, on enseigne le système politique allemand. Néanmoins, l’éducation politique doit être améliorée, notamment pour obtenir des effets à long terme au sein de la population.

Susann Kreutzmann

Il est très important et louable que les jeunes s’intéressent à la politique, connaissent le fonctionnement de l’État de droit et soient enthousiasmés par la politique. Mais cela n’a dans un premier temps aucune importance pour la question de l’âge électoral. En effet, l’intérêt ne remplace pas la responsabilité politique. Le conflit fondamental persiste : toute personne qui contribue à façonner la démocratie, doit aussi pouvoir être tenue responsable. Par ailleurs, si des connaissances politiques de base sont souhaitables pour l’acte démocratique du vote, elles ne constituent bien sûr pas une condition préalable. Si c’était le cas, de nombreux adultes ne pourraient pas voter.

Une participation accrue des jeunes aux élections renforcerait-elle également leur intérêt et leur engagement politiques ?

Shayan Mirmoayedi

Ne pas pouvoir participer aux décisions est frustrant et démotivant. Et : dans notre démocratie parlementaire, les élections ont un impact particulièrement important. Quand on peut voter, on est plus motivé pour s’informer sur la politique. Autoriser le vote à partir de 16 ans peut réduire les frustrations et conduire à plus d’engagement. Cela permettrait également d’intégrer davantage dans le débat les thèmes d’avenir, les réalités quotidiennes des jeunes et leurs centres d’intérêt.

Susann Kreutzmann

En 1972, l’âge légal pour voter a été réduit de 21 à 18 ans en Allemagne. Depuis lors, le taux de participation électorale dans ce groupe est régulièrement inférieur à la moyenne. Les raisons en sont la perte de confiance des jeunes dans les partis établis et leur désintérêt croissant pour la politique. C’est là que les partis doivent intervenir. Ce n’est pas en jouant avec l’âge électoral que l’on résoudra ce problème. À l’inverse, l’argument selon lequel l’abaissement de l’âge électoral entraînerait une augmentation de la participation électorale n’est pas non plus démontrable. Dans les pays où l’âge électoral est déjà fixé à 16 ans, comme en Autriche et à Malte, cela ne se vérifie pas sur le long terme.