« Notre réponse aux attaques du 11 septembre »
Le centre commun de lutte contre le terrorisme est né en réponse au 11 septembre. Marc Hallensleben de l’office fédéral de police criminelle nous parle des attaques empêchées et du djihadisme en ligne.
Monsieur Hallensleben, quelles leçons l’Allemagne a-t-elle tirées des attaques du 11 septembre concernant la lutte contre le terrorisme ?
Le 11 septembre 2001 a représenté une rupture pour les autorités de sécurité du monde entier. Jamais auparavant il n’y avait eu d’attaque de cette ampleur, menée par une alliance terroriste étrangère. Après coup, on a remarqué qu’il y avait eu des signes auparavant. Certains avaient été traités par la CIA, d’autres par le FBI, d’autres encore par des départements de police locaux. Le problème, c’est qu’ils n’ont jamais été rapprochés les uns des autres. En Allemagne aussi, il y avait un réseau qui n’a pas attiré l’attention, la « Cellule de Hambourg ». En raison du principe de séparation, l’Allemagne présente une constellation spéciale – les services de police et les services de renseignement doivent être séparés pour ce qui concerne les pouvoirs et l’organisation. Nous nous sommes donc demandé ? comment pouvons-nous tirer des leçons du 11 septembre pour notre architecture de sécurité sans violer le principe de séparation ? La principale réponse à cette question fut le Centre commun de lutte contre le terrorisme (GTAZ) qui s’occupe du terrorisme et de l’extrémisme de motivation islamiste, créé en 2004 Il existe désormais d’autres centres dédiés à d’autres phénomènes.
Comment le GTAZ travaille-t-il ?
Il s’agit d’une plateforme commune de communication et de coopération qui réunit 40 autorités : les offices régionaux de protection de la Constitution ainsi que les offices régionaux de police criminelle des 16 Bundesländer, l’office fédéral de police criminelle, l’office fédéral de protection de la Constitution, le Service fédéral de renseignement, et d’autres. L’échange d’informations au sein du GTAZ se fait dans le strict respect du principe légal de séparation entre la Police et les services de renseignement ainsi que des prescriptions respectives de transmission des données. Les autorités qui participent coopèrent selon divers formats qui divergent en termes d’objectifs et de composition. Les missions sont différentes, comme l’analyse, la prévention, la défense contre les risques et la poursuite. Cette structure est une réussite et a fait ses preuves.
Si nous ne créons pas de visibilité, nous avons fait du bon travail.
Quels succès le GTAZ a-t-il à son actif ?
Durant les près de 22 ans d’existence du GTAZ, nous avons empêché pas loin de 40 attaques. À cela s’ajoutent de nombreux faits qui ont également été abordés au sein du GTAZ et qui, grâce aux mesures adoptées, n’ont pas débouché sur des projets d’attentats concrets. Si nous ne créons pas de visibilité, nous avons fait du bon travail. Il faut toutefois également reconnaître qu’il y a eu des attentats que nous n’avons pas pu empêcher, comme celui perpétré en 2016 sur le marché de Noël de la Breitscheidplatz à Berlin. Nous avons également tiré des leçons de ces drames et adapté notre travail.
Quels sont actuellement les plus grands défis dans la lutte contre le terrorisme de motivation islamiste ?
J’en citerais deux. D’une part, la motivation instable des auteurs. Par le passé, nous avions généralement affaire à un type clair d’auteurs : des personnes aux convictions idéologiques très fermes, qui s’étaient penchées de manière approfondie sur l’islam, même si elles l’utilisaient à leurs propres fins. Ces dernières années, cela a changé, aussi pour ce qui concerne le djihadisme en ligne.
Qu’est-ce que le djihadisme en ligne ?
Ici, les gens sont influencés sur les réseaux sociaux et on leur transmet une vision du monde qu’ils adoptent sans avoir eux-mêmes de véritable bagage religieux. La motivation première réside le plus souvent dans le désir de donner libre cours à ses propres opinions extrémistes ou à son penchant pour la violence. Il y a des personnes qui évoluent d’abord dans les milieux de droite, puis dans ceux de gauche, avant de se tourner vers l’islamisme, car elles y trouvent une offre particulièrement vaste de matériel de propagande glorifiant la violence. Pour nous, cela signifie que nous ne pouvons plus observer les différentes phénomènes dans le domaine de la criminalité à motivation politique de manière isolée les uns des autres. La question de la mise en réseau des différents centres des autorités chargées de la sécurité va prendre de l’importance.
Quel est le deuxième grand défi ?
Le deuxième grand sujet, c’est l’intelligence artificielle : d’une part, elle peut servir d’instrument pour commettre des actes ou favoriser les processus de radicalisation. Dans le même temps, elle peut aider dans la lutte contre le terrorisme si nous l’utilisons correctement.
Marc Hallensleben est directeur du service Terrorisme et extrémisme de motivation islamiste à l’office fédéral de police criminelle.
Le principe de séparation est une leçon tirée du nazisme. Cela vise à empêcher qu’une organisation telle que la Police secrète d’État (Gestapo) puisse à nouveau voir le jour, comme ce fut le cas sous le régime nazi. La Gestapo pouvait recueillir des informations exhaustives sur les personnes, les surveiller, mener des enquêtes à leur encontre et les persécuter de manière arbitraire. Une telle concentration de pouvoir ne doit plus exister. Le principe de séparation ne signifie toutefois pas que les autorités de police et les services de renseignement n’ont pas le droit d’échanger des informations. La limite exacte est définie dans la réglementation relative au transfert de données. En cas de doute, c’est la Cour constitutionnelle fédérale qui décide.